L'édito éco, de Dominique Seux, des "Echos". _____Barack Obama a présenté hier la plus vaste réforme de la régulation financière depuis les années 30. C'était un discours très attendu, sur le contrôle de la finance américaine, d'autant plus que le recul de Barack Obama sur les salaires des dirigeants des banques, il y a huit jours, avait créé un choc. Avant d’entrer dans le détail, quelle est l’impression globale ? La réforme n’est pas le Big Bang, la remise à plat générale qu’attendaient sans doute les Européens et dont rêvaient toutes les victimes dans le monde de cette crise née aux Etats-Unis. C’est plutôt un colmatage complet des failles qui existent dans le système actuel. Dit comme cela, cela a l’air décevant, une réforme a minima et beaucoup de commentaires vont être sur ce registre. En fait, c’est plus subtil et peut-être plus efficace parce que Barack Obama doit composer avec le Congrès, puissant, et Wall Street, qui l’est encore plus. Le président doit choisir ses combats. Et puis, lui-même ne veut aller trop loin dans la re-régulation. Il l’a dit hier, à ses yeux le « marché libre reste le plus efficace » à condition que ce soit pas « une carte blanche pour les abus ». Dans le détail, quelle est la réforme ? C’est épouvantablement complexe vu d’ici. Disons qu’elle joue sur deux registres. D’abord, vous vous souvenez que la crise est partie des fameux subprimes, les prêts immobiliers accordés à des ménages américains peu avertis qui n’ont pas pu les rembourser. Eh bien, une des grandes annonces, c’est la création d'une agence de protection des consommateurs pour vérifier que les crédits immobiliers, les cartes de crédit, les comptes chèques n’abusent pas des clients. La deuxième grande idée est de confier davantage de pouvoirs à la Réserve fédérale pour contrôler des grandes banques, des assureurs qui passaient dans les mailles du filet ou les trous du gruyère, comme vous voulez. L’idée à retenir est que Barack Obama, pour être sûr d'agir, simplifie les choses plutôt que ne les bouleverse. Y a-t-il des limites évidentes à ce schéma ? C’est sûr que ce n’est pas le grand soir du capitalisme financier. Il n’y a pas d’autorité unique de contrôle des marchés, idée satisfaisante pour nos esprits cartésiens, qui remplacerait la dizaine de corps de surveillance qui n’ont pas été très efficaces. On peut le regretter mais cela renvoie à une question provocatrice posée par le milliardaire philanthrope Georges Soros : qui est sûr que le régulateur est toujours plus vertueux que le marché ? Serait-ce raisonnable de donner encore plus de pouvoirs à la Réserve fédérale, dont l’ancien patron, Alan Greenspan, a contribué à la crise par sa politique ? Il n’y a pas de réforme parfaite mais celle-là gomme la dérégulation commencée avec Reagan, poursuivie avec Clinton et achevée par Bush. Pour nous, Européens, quelles conséquences ? Les Américains ont pris de l’avance tous seuls, leur modèle va s’imposer. Pendant ce temps, à Bruxelles, aujourd’hui, une vingtaine de chefs d’Etat européens vont essayer de convaincre les Anglais de lâcher du lest sur le contrôle de la finance. Je le dis en souriant parce qu’ils vont peut-être y arriver. Mais c’est à pleurer.

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