Ce matin du 18 juin, François Hollande a une main libre sur deux.

François Hollande a ce matin toutes les raisons, et au-delà, d’être heureux : le PS au sens large a obtenu la majorité absolue, ce qui n’était pas arrivé depuis 1981. Cela veut dire, et c’est important pour l’économie, qu’il pourra gouverner sans le Front de Gauche et sans les Ecologistes. La politique sera la sienne et la sienne seule. Pas de tractations jusqu’au bout de la nuit avec des partenaires exigeant la fin du nucléaire ou la nationalisation de toute l’économie. La politique suivie pourra être (pourra ne veut pas dire sera) plus centriste, sociale-démocrate, que cela n’aurait été le cas si il avait dû négocier avec Mélenchon et Cécile Duflot. Dernière remarque : la droite, incapable de dire qui elle aurait envoyé à Matignon en cas de victoire, a été sèchement battue. Bref, la main gauche du chef de l’Etat est libre.

Mais la situation économique entrave cette main…

Oui, l’après 6 mai va être différente de l’avant-6 mai. Depuis le 6 mai, les décisions prises ont été généreuses et populaires : retour partiel à la retraite à 60 ans, salaire maximum pour les patrons du secteur public et salaire minimum pour les ministres ; hausse d’’allocation. Maintenant, le gouvernement va annoncer la « douloureuse ». Pierre Moscovici, le ministre des Finances, a déjà laissé entendre qu’il faudrait récupérer 10 milliards d’euros dès cette année. La plupart des mesures sont connues, essentiellement un coup de tabac pour les entreprises, mais cela ne suffira pas et un tour de vis fiscal a forcément des conséquences sur la croissance. Or, plus les jours passent, plus on se rend compte que le rebond de 2010-2011 est déjà de l’histoire ancienne.

Et il y a l’Allemagne !

La main gauche de François Hollande sera libre, mais sa main - droite - devra tenir compte de l’extérieur. Il est en situation de force, c’est vrai, mais l’Europe et les marchés l’attendent au tournant. Pour obtenir quelque chose de l’Allemagne, il devra lâcher quelque chose. Pour l’instant, il a cherché à isoler Angela Merkel, à la prendre entre deux mâchoires, dixit un ministre, en recevant son opposition à l’Elysée et en affichant une alliance avec Rome. Maintenant, il reste dix jours pour renouer. Le plan de marche qu’il a envoyé aux Européens montre déjà la voie d’un compromis. Paris affiche 1 - l’idée d’un plan de relance européen de 120 milliards. Mais cela représente au mieux 1% du PIB européen et l’argent « frais » est bien moins élevé. 2 - Paris accepte de renvoyer à plus tard les euro-obligations. 3 - le vrai sujet concerne les banques et il est très technique. Avec Berlin, il faut un cessez-le-feu verbal sans jamais oublier que ce n’est pas l’Allemagne qui a voulu l’euro, elle ne l’a accepté qu’en contrepartie de la Réunification. Ce ne sont pas non plus des fonds européens qui amélioreront la compétitivité française.

Le prochain rendez-vous ?

Il y en aura deux, en fait. Premier travail pratique : la Grèce qui reste dans la confusion ; ensuite, ce sera le discours de politique générale de Jean-Marc Ayrault devant l’Assemblée le 3 juillet. Ce ne sont pas les mains qui compteront d’abord, mais les mots qui sortiront de la bouche du Premier ministre : ce seront des illusions ou la vérité. Traduction : ce sera le déni ou, un peu, le reniement.

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