Les hommes en gris n’ont pas forcément tout faux !

Les hommes en gris, ce sont les magistrats de la Cour des comptes qui ont, comme chaque année en juin, livré leur verdict sur les finances publiques. Reconnaissons-le : c’est à la fois intéressant et lassant. Intéressant parce que cette analyse tombe à pic, au moment où les frondeurs du PS contestent la politique économique du pouvoir. Mais lassant parce que la Cour semble lassée elle-même de répéter toujours la même chose sans être entendue ! Cette fois-ci, elle dit clairement que le déficit public dépassera encore 4% du Pib cette année et que la dette va dépasser les 2.000 milliards d’ici six mois ! En clair, le plan du gouvernement n’est pas crédible – ce n’est pas moi qui le dis, c’est la Cour. Plus que les années précédentes, elle préconise dans le désert des remèdes de cheval pour stopper la dérive : un gel des avancements dans la Fonction publique, 30.000 fonctionnaires de moins par an et une augmentation de leur temps de travail effectif. Tout le monde s’en moque, mais la Cour des comptes a raison de dire qu’après plus de 80 milliards d’euros de hausse de prélèvements obligatoires en quatre ans (!), il serait temps d’être aussi énergique pour baisser les dépenses que baiser le budget des ménages par l’impôt.

Pour la première fois, la Cour a plongé les mains dans le cambouis des différences entre la France et l’Allemagne.

On connaît le point de départ : il y a dix ans, la situation financière de l’Allemagne était plus dégradée que la nôtre. On connaît le point d’arrivée : ils sont à l’équilibre alors que nous sommes enlisés dans les déficits. Que s’est-il passé et comment s’explique la différence ? Ce que montre la Cour, c’est que nous dépensons plus pour toutes et chacune des politiques publiques alors grosso modo que nos pays sont comparables. Plus en France qu’en Allemagne pour la retraite, pour la santé, pour l’éducation, pour le soutien au logement, pour la police, pour la défense, pour la culture, et même pour l’environnement ! Et ce que dit la Cour, c’est que les explications rebattues – notre Budget Défense plus élevé, les régimes complémentaires de retraite obligatoires ici, facultatifs là-bas – ces explications ne suffisent pas à épuiser le sujet. En réalité, aucune réforme d’organisation ou presque n’a été faite alors que la plupart des pays s’y sont attaqués. L’écart de dépenses publiques rapporté au PIB est aujourd’hui de douze points entre les deux pays. Depuis 2000, elles ont baissé de trois points en Allemagne, ici elles ont grimpé de plus de cinq.

L’Allemagne n’a cependant pas toutes les vertus.

Il y a un point sur lequel elle s’est trompée : épuisée par la réunification, l’Allemagne a arrêté d’investir dans ses infrastructures publiques. Les routes, les ponts, des autoroutes, des chemins de fer, sont dans un état déplorable. Ce qui n’est pas le cas ici. Et si l’Allemagne prêtait à la France son ministre du Budget pendant deux ans… et la France, gracieusement cadeau de quelques ronds-points !

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