La SNCF a annoncé le lancement de TGVpop, une offre à prix réduits, destinée aux jeunes.

C’est intéressant parce que cela montre comment le rouleau compresseur du changement numérique commence à impacter les métiers traditionnels les uns après les autres. Cela a commencé avec la musique, la presse, cela continue avec l’hôtellerie, la télévision, les taxis bien sûr. Et le train est maintenant sur la sellette. Cela va continuer. Au début, la SNCF a pensé que le covoiturage resterait marginal, qu’il ne séduirait que des gens pas assez riches pour prendre le TGV. Mais il a débordé, à tel point qu’on évalue à un million la perte de voyageurs l’an dernier à cause de Blablacar. L’annonce de la SNCF, c’est la réponse à cela, et le mot même TGVpop -comme populaire- fait penser à Uberpop. L’idée ce sont cet été 200 rames de TGV et trente destinations (jusqu’à Bordeaux, Marseille et Montpellier) vendues à prix cassés -25 ou 35 euros. La particularité, le marketing, c’est que le train ne partira que si assez d’internautes l’ont liké, ont demandé qu’il existe, pour le remplir.

C’est un changement plus profond qu’on ne croit.

C’est d’abord un test –si ça marche, ce sera étendu. A mon avis, ce n’est pas le marketing sur le mode « c’est le client qui décide si le train quitte le quai » qui est le plus important. Ça, c’est se créer une pub virale sur les réseaux sociaux. Qui va marcher bien sûr. Le plus important, c’est la façon dont les prix sont fixés. Aujourd’hui, plus vous achetez tôt un billet de TGV, moins vous payez cher. Or, le fonctionnement des plus jeunes -pas seulement-, c’est je veux payer le moins cher possible y compris au dernier moment, je ne veux pas quelque chose de rigide. Dans tout cela, la hantise de la SNCF, c’est d’apparaître ringarde aux yeux des plus jeunes –et c’est ce qui se passe. Le pire, c’est que cela arrive aux TGV, symbole par excellence de modernité. La SNCF a un problème avec les prix et l’image de ses TGV.

La nouvelle économie lui pose aussi un problème particulier.

Oui, comme toutes les industries qui supportent des gros coûts fixes, la SNCF, avec ses trains, ses rails - elle paie pour circuler dessus-, la SNCF est mal à l’aise face à une concurrence (encore petite) comme le covoiturage, l’auto-partage, qui, elle, ne possède rien. Pensez-y : BlaBlacar qui aurait donc fait perdre un million de voyageurs à notre société nationale, a 300 salariés et zéro voiture. La SNCF est dans une situation d’autant plus compliquée qu’elle est en équilibre financier instable, parce que ses TGV sont de moins en moins rentables et que, à l’entendre, la nouvelle ligne Tours-Bordeaux qui ouvrira en 2017 sera un gouffre financier.

TGVpop, c’est donc un signal ?

Oui. C’est un peu beaucoup du marketing ; mais pas seulement. Dans une semaine, un mois ou un an, vous verrez des géants de l’énergie ou de la banque qui seront obligés de nous draguer de la même façon. Cela va être passionnant.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.