La concertation sur les retraites a commencé et elle touche déjà un point sensible : les réserves financières.

Saviez-vous que les différents régimes de retraites – il y en a exactement 42 – ont accumulé 165 milliards d’euros de provisions ? C’est un chiffre qui figure dans le rapport du Conseil d’orientation des retraites, paru jeudi dernier, et qui est passé un peu inaperçu.

Alors d’où vient cet argent ? Ces réserves ont été accumulées pendant la période faste, où il y avait beaucoup de cotisants et peu de retraités, en prévision du "papy boom". Exemple : le régime complémentaire des salariés du privé, l’Agirc-Arrco, dispose de 70 milliards de réserves. Des fonds bien placés qui font des petits chaque année.

Même chose pour la caisse des professions libérales, dont le matelas financier représente neuf ans de pensions à verser. La Banque de France, qui a son régime spécifique, a même douze années de réserves. De quoi faire des jaloux.

Il y a enfin, tout le monde l’a oublié, le Fonds de réserve pour les retraites, créé par Lionel Jospin. Il est tombé en déshérence mais gère encore 36 milliards. Evidemment, toutes ces cagnottes aiguisent les appétits.

Que va-t-il se passer avec la réforme d’Emmanuel Macron ?

Un grand marchandage. La réforme prévoit la mise en place d’un régime universel, avec les mêmes droits. Toutes les caisses devront donc mettre au pot commun. Cela fait blêmir les plus vertueux : parce qu’il y a les régimes fourmi, et il y a les régimes cigale qui n’ont aucune réserve. C’est le cas du régime de la SNCF ou des fonctionnaires. Pas question, tonne le Medef, que les efforts des salariés et des entreprises à l’Agirc-Arrco bénéficient au laxisme des autres. 

Mais d’autres facteurs vont entrer en jeu. Selon les régimes, certains cotisent plus que d’autres. Les travailleurs indépendants, par exemple, cotisent beaucoup moins que les salariés. Ils devront lâcher du lest sur leurs réserves pour que leur taux de cotisation n’augmente que progressivement. Bref, on risque d’assister à de sacrées tractations.

Cette affaire illustre bien la complexité de la réforme à venir. Parce que, en passant à un régime universel, il va y avoir une multitude de différences à gommer, au premier rang desquelles, bien sûr, l’âge de départ à la retraite. Et là, ce sera encore plus sensible.

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