L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». ___ Certaines des données économiques publiées vendredi sont passées presque inaperçues, notamment sur l’emploi. On a beaucoup commenté les statistiques sur la récession, on a comparé les résultats de la France avec ceux, plus mauvais, des autres pays européens. En revanche, les données du ministère du Travail sur l’emploi au premier trimestre ont eu moins d’échos alors qu’elles annoncent un phénomène extrêmement frappant : le déclin stupéfiant par sa rapidité d’un statut, celui d’intérimaire. Entre janvier et mars, l’économie a détruit 138.000 emplois. Pas loin d’un sur deux (78.000) était un poste d’intérimaire. Depuis un an, le nombre des intérimaires a baissé d’un tiers en France : il y en avait 660.000, il n’y en a plus que 440.000. On a rarement vu une activité s’écrouler ainsi, et cela concerne les salariés embauchés sous cette forme, comme les entreprises, les Adecco et autres Manpower ou Crit. C’est normal en période de crise. C’est surtout une tendance qui, comme Janus, a deux visages. D’un côté, ce recul de l’intérim est paradoxalement une bonne nouvelle pour beaucoup de salariés. Cela veut dire que les entreprises ont d’abord utilisé toutes les flexibilités existantes pour préserver les emplois en CDI, contrat à durée indéterminée. Et effectivement, jusqu’à maintenant, quand on regarde les statistiques, on s’aperçoit qu’il n’y a pas eu, au fond, tant de licenciements que cela. Même si c’est en train de changer. Mais de l’autre côté, la situation est difficile pour ceux qui vivent de l’intérim, activité qui avait pris une place considérable dans l’économie depuis 15 ans. Car l’intérim, ce sont en grande majorité des jeunes. La moitié a moins de 30 ans, les deux tiers moins de 35. Et beaucoup de jeunes vont arriver sur le marché du travail après l’été. Ce sont eux qui paient un tribut très lourd à cette crise. Y compris sur le plan social et financier. D’abord, on se doute que les intérimaires ne sont pas, dans une entreprise, ceux dont le sort tient le plus à cœur des autres salariés et des syndicats. C’est regrettable, mais c’est humain. Ensuite, la question de leur avenir se pose avec énormément d’acuité. Depuis le 1er avril, de nouvelles règles sur l’assurance chômage leur permettent d’être indemnisés dès qu’ils ont travaillé quatre mois. Tant mieux, mais cette indemnisation est brève. Par ailleurs, rien n’est prévu pour les former et les reclasser. Ils n’ont pas droit aux contrats de transition professionnelles et autres conventions de reclassement personnalisé. C’est regrettable. L’intérim va-t-il disparaître ? Il déclinera tant que la crise s’approfondira, que le chômage augmentera – un ancien patron de l’Unedic cite le chiffre effrayant de 900.000 chômeurs en plus cette année. Mais l’intérim sera aussi aux premières loges quand le ciel s’éclaircira. En réalité, il est nécessaire parce qu’il donne une souplesse aux entreprises dans une conjoncture totalement imprévisible. Mais il faut veiller à ce que cette soupape du marché de l’emploi ne soit pas une trappe à pauvreté.

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