**L’Insee va publier aujourd’hui les chiffres sur l’évolution de l’emploi en France au 1er trimestre de cette année.Oui, et je ne vais pas vous les donner parce que je ne les connais pas – et pour cause : ils seront publiés à 8 heures 45. En revanche, l’Insee publie aussi ce matin une étude sur l’évolution de l’emploi pendant le gros de la crise de 2008-2009. C’est intéressant parce que nous avons toujours le nez dans le guidon et la perspective longue nous échappe. L’Insee rappelle donc déjà une chose : entre le début 2008 et la fin 2009, la crise a détruit 600.000 emplois. C’est un chiffre plus parlant qu’un taux de chômage ou que l’ampleur de la récession précisée à la virgule près. Avant d’être la déprime de la Bourse, la crise ce sont des emplois perdus et des entreprises fermées. Ce qui est à noter est que la France a moins perdu d’emplois que les Etats-Unis (le chiffre est de 7 millions d’emplois) ou l’Espagne (deux millions), mais qu’elle n’en avait jamais vu disparaître autant dans l’histoire récente, et notamment lors de la crise de 1993 (200.000 emplois détruits). Donc trois fois moins qu’aujourd’hui. La crise sur l’emploi est aussi arrivée par vagues successives… C’est au printemps 2008 que l’activité commence à ralentir. Les entreprises réagissent alors en réduisant le nombre d’intérimaires. Les destructions d’emplois stables sont limitées, mais cela démarre petit à petit dans l’industrie, avant de s’étendre au commerce puis, plus tard à la construction. Le cataclysme de Lehman Brothers incite les entreprises à changer de braquet, mais en jouant encore en priorité sur le chômage partiel - le nombre d’heures de chômage partiel étant multiplié par 45 en un an ! Les choses ne s’améliorant pas, ce sont les emplois stables qui disparaissent, touchant début 2009 alors enfin le secteur des services. L’intérim repart dès le printemps 2009 mais pas partout. Au total, donc 600.000 emplois ont été effacés, dont 350.000 dans l’industrie – qui en avait déjà perdu beaucoup auparavant. C’est la grande victime parce qu’il n’est pas sûr que les emplois perdus seront retrouvés. Et la crise se lit aussi sur la carte de France…En gros, la France s’est partagée en trois camps. Premier camp, les régions du Sud (Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Provence Alpes Côte d’Azur et Aquitaine), qui allaient bien avant la crise et qui ont peu souffert parce que leurs économies sont peu industrielles. Le deuxième camp est celui des régions du Nord-Est qui ont vraiment souffert : la Franche-Comté, la Lorraine, la Picardie, la Champagne-Ardenne et la Bourgogne. Elles détruisaient des emplois avant la crise et elles ont perdu plus de 5% de leurs emplois pendant la crise. Enfin, il y a des régions qui créaient des postes avant la crise et qui souffrent, la Bretagne, Rhône Alpes, Poitou-Charentes et Pays de la Loire. Difficile de tirer une conclusion générale, sauf celles-ci. 1 - Il ne faut pas oublier que ces chiffres sont des soldes d’emplois ; chaque année en France, des millions de postes sont créés et détruits. 2 - La spécialisation dans le secteur des services protège manifestement un peu (par exemple l’Ile-de-France). 600.000 emplois détruits, quand seront-ils récupérés ?On verra ce qu’il en est pour le début de 2010. A priori si la croissance reste faible, cela prendra beaucoup de temps. Mais le passé a montré que les retournements peuvent être assez rapides et surprenants : pratiquement autant d’emplois avaient été créés entre 2005 et 2007.**

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