Une enquête met en évidence l’augmentation de l’absentéisme dans une partie de la fonction publique.

C’est un sujet sensible, qui balance souvent entre poujadisme, déni complet et vérité des chiffres. Il importe donc d’être précis. Les chiffres que l’on va évoquer sont établis par Dexia, le courtier en assurances des collectivités locales et des hôpitaux, les services publics concernés par l’étude. Dexia ne peut être soupçonné de parti pris, ses clients lui en voudraient. Pour autant, le constat est clair. L’absentéisme est en hausse. Depuis trois ans, le nombre d’arrêts de travail pour maladie a grimpé de 6 à 10% dans les collectivités locales et les hôpitaux. Tout augmente, le nombre d’arrêts, leur durée et le nombre d’agents concernés. Sans multiplier les statistiques, chaque agent d’une commune, d’un département, d’une région, fait valoir en moyenne 10,6 jours de congé maladie « ordinaire » par an – « ordinaire » c’est-à-dire hors pathologies graves (comme les cancers). Le chiffre, pour les agents hospitaliers, est de 14,2 jours. Par où qu’on les prenne, c’est beaucoup plus que dans le secteur privé et la fonction publique d’Etat.

Alors, comment interpréter ça ? Il y a deux manières de procéder. Ceux qui instruisent le procès à charge diront qu’il y a peu de contrôles, que la proximité avec les élus et les médecins facilite les abus, que la proportion de femmes qui « gèrent » ainsi leurs enfants malades est élevée. Mais d’autres explications sont avancées, dans l’autre sens. Dexia met en avant la pénibilité des métiers. Dans les collectivités, celle des éboueurs et des agents d’entretien de la voirie par exemple. Dans les hôpitaux, celle des personnels soignants qui portent physiquement et psychologiquement les malades. Les burn out sont fréquents. Les personnels hospitaliers ont eu aussi l’impression de s’être "fait avoir" avec les 35 heures. Enfin, dans ce secteur, les équipes soignantes sont souvent livrées à elles-mêmes, la hiérarchie non médicale étant accaparée par les tâches administratives. Second point, dans les deux cas, local, hôpital, les fonctionnaires sont plus âgés qu’ailleurs, davantage malades donc.

Alors, procès à charge ou à décharge ? Hier, je me suis engagé à me méfier des vérités définitives. Disons-le quand même, il y a parfois un certain laxisme. L’argument de la pénibilité a ses limites. C’est dans l’industrie –chimie, BTP, transports- que sont les métiers les plus pénibles ! Disons aussi que les arrêts maladie sont peu risqués puisque, à la différence de ce qui se passe dans le secteur privé, le salaire en cas de maladie dans la fonction publique ne baisse pas d’un centime. Il n’y a pas de délai de carence. Qui est responsable ? Surtout, l’encadrement et l’organisation administrative. Il y a un défaut d’autorité, peu de perspectives de carrière et d’évolutions –y compris financières- quand on est très investi dans son travail –et énormément d’agents le sont.

Donc, pas de vérité définitive ? Si, une ! Il y a un petit scandale. En dehors des statistiques privées que l’on évoque, sauf erreur de ma part, les dernières données officielles sur l’absentéisme datent de 2003. Il s’agit d’argent public. Le sujet mérite mieux qu’un secret cadenassé.

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