Emmanuel Macron va-t-il, oui ou non, privatiser Aéroports de Paris ?

C’est un feuilleton qui passionne les milieux économiques et politiques parce que c’est un sujet intellectuellement intéressant et un test de son envie – ou pas – de briser des tabous. Aéroports de Paris est une entreprise dont l’État possède 50,6 % du capital, qui contrôle Roissy, Orly et le Bourget, avec plus de 100 millions de passagers en 2017. 

L’Elysée et Bercy veulent la privatisation pour que l'État encaisse des milliards d’euros (jusqu’à 9 au maximum) qui financeraient un grand fonds pour l’innovation. Avec quels autres arguments que financiers ? 

Un, le privé gérerait mieux les boutiques et les parkings, les surfaces commerciales utiles les plus importantes d’un aéroport ; 

Deux, Heathrow, à Londres, et Francfort, en Allemagne, sont privés et – tiens – ils figurent dans la liste des dix aéroports du monde préférés par les passagers alors que Roissy est à la 37e place. En France, Lyon et Nice sont depuis peu privés, cela se passe bien.

Mais il y a aussi des arguments contre. 

Le premier est au moins de se demander si un aéroport est une frontière, s'il appartient au domaine régalien. 

La seconde limite est qu’un aéroport n’est pas soumis à la concurrence – on ne va pas aller à Nantes si on trouve le parking trop cher à Paris. Donc, y a-t-il un risque de flambée des prix ? 

- Enfin, la privatisation des autoroutes a laissé un mauvais souvenir, elle a tourné à l’avantage des acheteurs. 

Pour, contre, dans quel sens la balance penche-t-elle ?

Sur le plan théorique, c’est partagé. Les deux modèles existent dans le monde, public, privé. Cela veut dire que tout est dans la pratique, dans les conditions de l’opération. Le contrôle aérien, la police aux frontières, le foncier, les pistes, doivent rester publiques, mais les galeries commerciales peuvent être privées. 

En clair, la régulation doit être très serrée et il faut être sûr que financièrement l’État va y gagner et que ça va bien se passer : l’aéroport de Toulouse a été vendu à un Chinois qui a siphonné la trésorerie.

On en est là : le gouvernement cherche ce schéma vertueux mais il a du mal. Du coup, le projet de loi plus général de Bruno Le Maire qui devait inclure cette privatisation est arrivé hier au Conseil d’État sans cette partie-là à ce stade. Bon, ce n’est sans doute pas la seule raison de la prudence actuelle  : le gouvernement ne veut pas mettre de l’huile sur le tarmac en plein conflit SNCF. 

Au total, je crois qu'Emmanuel Macron va passer à l’acte. Si c'est le cas, à la différence de ce qui s’est passé avec les autoroutes, la vigilance devra être extrême et il serait bon, au minimum, par exemple – ce serait une révolution – que les contrats et les négociations tarifaires soient rendus publics.

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