L'édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». __Depuis une semaine, c’est plutôt l’accalmie sur les marchés financiers. Et hier, quelques bonnes nouvelles économiques sont arrivées des Etats-Unis. Que se passe-t-il ? Les indices boursiers montrent qu'il se passe quelque chose, mais on n'est pas sûr de savoir quoi exactement ! Wall Street a terminé hier soir en hausse de 2,48 %, cela fait une semaine que la Bourse de New York monte, avec juste une pause lundi. A Paris, la Bourse a grimpé pendant cinq séances avant de se tasser hier pour des prises de bénéfices. Quelle explication ? En fait, les marchés hésitent sur la conjoncture économique. Leur question est : la chute va-t-elle continuer ou a-ton atteint le pire moment ? Et s'ils s'interrogent, c'est que plusieurs nouvelles sèment le doute sur le tableau uniformément noir qui domine depuis quelques semaines. Hier, on a appris que pour la première fois depuis sept mois, les constructions de logements ont arrêté de s'effondrer aux Etats-Unis, elles ont même augmenté de 22% en février. Et puis, il y a eu les déclarations rassurantes venant des Banques centrales. Jean-Claude Trichet, pour la BCE, a d'abord évoqué un rebond pour début 2010, Ben Bernanke, son collègue de la Réserve fédérale, est venu dimanche à la télévision – une première en vingt ans – pour dire la même chose et écarter le risque de dépression. Bref, voilà un scénario auquel tout le monde aimerait croire. Mais faut-il croire à ces signaux ? C'est la grande question, évidemment, parce que les marchés boursiers ne constituent pas des indicateurs économiques très fiables. En réalité, le débat qui agite les économistes est un débat sur l'alphabet. Pour certains, la crise a la forme d'un V. Après une descente extrêmement violente, le rebond sera rapide et aura lieu en 2010. Pour d'autres, elle ressemble à un U. La récession ne prendra pas fin d'un coup, il y aura un plancher, et puis cela repartira. L'argument principal des partisans de cette thèse est qu'en moyenne depuis 40 ans, les récessions durent 4 trimestres, et nous y sommes. Mais deux autres écoles existent et sont plus pessimistes, plus réalistes a-t-on envie de dire. Celle du L, qui croit que la récession sera longue, plusieurs années. Et enfin, celle du W ou, selon le terme utilisé par Christine Lagarde, la ministre de l'économie, de la tôle ondulée. C'est moins littéraire, cela veut dire qu'il y aura pas mal de secousses. Mais quelle que soit la lettre choisie, tout dépend du point de rebond. Et là, celui qui dit savoir est un menteur ! La seule chose certaine, c'est que l'année 2009 est perdue et que les signaux actuels sont beaucoup trop ténus pour être significatifs. Pousserait dans le bon sens, un G20 réussi, qui montrerait que la coopération et la régulation l'emportent sur la concurrence entre les Etats. Irait dans le mauvais, l'incapacité de Barack Obama à assainir le système financier américain où une crise majeure dans certains pays de l'Est. Quels sont les derniers éléments sur la France ? Hier, 18 organismes de conjoncture indépendants ont remis au gouvernement leurs nouvelles estimations. Alors que la prévision officielle est une récession de 1,5%, eux parient maintenant sur 1,8%. En réalité, chacun sait que cela sera 2% et sans doute plus. On pourra se consoler en regardant le Japon, où le PIB reculerait de plus de 6%. Mais de toute façon, sachant qu'il y a un décalage de plusieurs trimestres entre une éventuelle reprise et l'inversion de la courbe du chômage, cela ne promet pas de lendemains roses. Ce qui veut dire que la crise en S, sociale, est un des risques majeurs des prochains mois.

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