**La chancelière allemande, Angela Merkel, a tenu un discours économique particulièrement musclé hier au Bundestag.Oui, un discours qui est un retour sec à l’envoyeur pour tous ceux qui, en Europe, qui s’en prennent actuellement à l’Allemagne. Aux Français qui jugent égoïste la politique tout-exportation de leur voisin, la chancelière a répondu en défendant vivement son modèle ; Aux Britanniques, elle a reproché leur refus de réformer la finance. Mais ce qui a fait sensation hier, c’est une petite phrase par laquelle Angela Merkel indique sa volonté que les Traités européens prévoient la possibilité d’exclure de la zone euro les pays laxistes sur le plan économique et budgétaire. Et évidemment, ce codicille, dans le contexte grec et les difficultés à mettre en place un plan de soutien, prend une lourde signification. Car c’est la première fois que cette hypothèse est envisagée. Et la question est évidemment de savoir s’il faut prendre cette déclaration au pied de la lettre. Et alors ?Il faut d’abord dire qu’Angela Merkel s’est exprimée à l’occasion d’un débat sur le budget allemand, et à quelques semaines d’élections importantes en Rhénanie du Nord-Wesphalie. Le message raide envoyé est donc à usage interne : il s’agit de dire que la chancelière négocie dur dans l’affaire grecque et que les pays qui ont « fauté » devront revenir à la raison avec la menace crédible d’une sanction - si on peut dire nucléaire-, l’expulsion de la zone euro. On peut reprocher à la chancelière d’avoir laissé s’installer ce débat chez elle, mais il faut voir aussi la sensibilité des Allemands, qui n’apprécient guère les leçons qui leur sont données sur la politique économique – et je crois que le tacle envoyé par la France constitue une erreur en ce moment. Sur le fond, Berlin dit : OK pour le gouvernement économique, et c’est une avancée forte, mais par le haut, sur le modèle de ceux qui réussissent le mieux, pas par le bas. Est-ce que tout cela va aller loin ?Personne n’y a intérêt. Comme le dit Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, dans « Le Point », une sortie d’un Etat de l’euro est absurde, ce serait coûteux pour tout le monde – personne ne dit à la Californie d’abandonner le dollar. Les Allemands veulent que leurs partenaires baissent d’un ton, mais l’infiniment probable est qu’Angela Merkel signera, au prochain conseil européen des 25 et 26 mars, le plan d’aide à la Grèce si celle-ci en avait besoin. Entre la France et l’Allemagne, il est d’ailleurs prévu que Christine Lagarde participe au conseil des ministres allemand la semaine prochaine et que son homologue Wolfgang Schäuble fasse de même à Paris début avril. Cet épisode est-il en tous cas significatif ?Un : l’Allemagne ose dire ce qu’elle pense, elle n’est plus seulement le bon élève bien obéissant. Le temps du « l’Allemagne paiera » est révolu. Deux : ce qui garantit l’intégrité de l’euro, c’est qu’il a été pour l’Allemagne, au début, une concession politique en échange de la réunification. Mais elle aussi a largement intérêt à l’euro. Y compris en Grèce. Trois : il est temps que les Européens se ressaisissent parce que les opinions publiques, elles, risquent de prendre tous ces petits coups de menton au premier degré.**

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