Ce matin : le pari audacieux de Stéphane Richard, le patron d’Orange.

Stéphane Richard a présenté hier sa stratégie pour les prochaines années. On peut retenir des investissements colossaux (15 milliards d’euros) dans ses réseaux fixe et mobile. Dans le fixe, priorité est donnée au très haut débit avec la fibre optique. Dans le mobile, les TGV, les réseaux autoroutiers et les métros seront équipés en 4G d’ici la fin 2018. Mais ce qui est intéressant est que derrière ces annonces concrètes, Orange a décidé d’engager la bataille des ... tuyaux ! Pourquoi ? Ces dernières années, la valeur, dans les télécoms, a quitté les millions de kms de réseaux souterrains ou les antennes qui transportent la voix, les films, les fichiers. La valeur, elle est dans les smartphones Apple, ou d’autres, dans les services comme Google, ou, à l’autre bout de la chaîne, dans les contenus comme Netflix. Ce sont eux qui gagnent de l’argent. Les opérateurs télécoms, eux, ont perdu leur chemise. Nous, clients, acceptons de payer des fortunes nos petits joujoux, mais râlons quand le prix de l’abonnement télécom mensuel dépasse 19,90 euros. Le patron de Google s’était un jour adressé aux opérateurs télécoms en leur disant : vous avez fait les investissements, c’est moi qui fais les profits. Rires jaunes. Eh bien, Stéphane Richard fait le pari, qu’en améliorant la qualité des tuyaux, il va renverser la vapeur. Son arme, c’est le débit. Surtout avec le déploiement de la fibre optique. Ce mince fil de verre d’un huitième de millimètre de diamètre, qui fait circuler les données bien plus vite que notre bon vieux fil de cuivre. Pour donner une idée (je sais que les spécialistes vont hurler), la 3G, c’est un débit utile de 5 mégabits par seconde, l’ADSL de 15, la 4G de 35 et la fibre de 100 à 200. Bref, ça va plus vite. Orange promet de raccorder 20 millions de logements à la fibre dans les sept ans.

Ce pari est-il gagnable ?

Le pari donc que l’investissement massif et la qualité du réseau permettront de sortir de la guerre des prix sur les forfaits – guerre des prix qui explique en partie le retard de l’Europe sur la 4G par rapport à d’autres pays où c’est de la 5G qu’on parle. Gagnable ? C’est possible, mais pas acquis. D’abord parce que Numericable-SFR s’est déjà lancé et offre aujourd’hui davantage de fibre. Ensuite, il est possible que les clients soient prêts à payer pour un débit plus rapide. Les automobilistes paient pour rouler plus vite sur les autoroutes. Le problème est de savoir s’ils seront prêts à payer suffisamment pour rembourser les investissements considérables dans la fibre. Les tuyaux n’ont pas dit leur dernier mot mais c’est une révolution de faire passer les clients du dépenser moins au dépenser plus.

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