Agnès Buzyn a évoqué dimanche l’idée d’un allongement de la durée du travail pour financer les retraites. Seconde journée de solidarité pour la dépendance, report de l'âge de départ, financement de la ré-indexation : beaucoup de questions sont posées. Mais Emmanuel Macron s'était engagé à ne pas toucher aux 62 ans.

La ministre des Solidarités l’a dit de façon prudente et a précisé parler à titre personnel, mais cette formulation a souvent une bonne tête de ballon d’essai. 

Est-ce le cas ? Peut-être. On parle bien sûr de l’âge de la retraite mais pas seulement. Ni Matignon ni l'Elysée ne démentaient dimanche les propos de la ministre.

Vendredi, Edouard Philippe s’est lui aussi posé à voix haute la question de la durée du travail pour les retraites. Hum. On se souvient encore que le questionnaire envoyé en janvier aux Français après la lettre d’Emmanuel Macron, comporte cette question (numéro 7 sur le thème Fiscalité-Dépenses publiques) : pour financer les dépenses sociales, faut-il ?

réponse A : reculer l’âge de la retraite ; 

réponse B : augmenter les impôts ; 

réponse C : augmenter le temps de travail ; 

réponse D : diminuer les aides sociales. 

Bref, la durée du travail est peu évoquée officiellement mais elle revient et si le gouvernement met le sujet sur la table, c’est qu’il constate que le ras le bol fiscal exclut des hausses de prélèvements mais que l’opinion veut aussi davantage de services publics et de dépenses sociales, plus de pouvoir d’achat et plus d’écologie. 

Comment faire ? En réalité, il n’y a pas vraiment de trésor caché, et même une taxation accrue des « riches » ne serait pas à la hauteur. D’où la piste de travailler plus. 

Pour quoi ? Pour la dépendance, pour ré-indexer les retraites sur les prix, pour tenir compte de l’allongement de la vie. Dans l’air, concrètement, il y a la piste d’un 2ème jour de solidarité (idée de LREM) ou la suppression de jours fériés. Le relèvement de l’âge de la retraite est moins probable parce que le président s’est engagé à ne pas toucher aux 62 ans. Moins probable, quoique ... (Dans la matinée, la CFDT a rappelé que l'âge est une ligne rouge à ne pas franchir, après FO dès dimanche).

Aura-t-on les réponses rapidement ?  Pas sûr. Sur l’ensemble des questions posées depuis le début des Gilets Jaunes, il y a aujourd’hui deux hypothèses de méthode. 

Un : les violences insupportables auxquelles on a assisté samedi conduisent à dire : le débat çà suffit, assez discuté, qu’Emmanuel Macron sorte du bois, maintenant, sans attendre la mi-fin avril comme il l’a prévu. 

Ou, deuxième hypothèse, la réponse doit être d’abord sécuritaire, maintenant, les réponses institutionnelles, économiques et sociales, on verra plus tard. Manifestement, Matignon et l’Elysée sont sur le second scénario : on procède en deux temps. 

La réalité pourtant est que l’opinion est lasse et attend désormais du concret. Sur les deux terrains.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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