Après quelques flottements, le gouvernement se veut transparent à la fois sur la crise sanitaire et la crise économique. Certains contesteront cette lecture. Ils auront un jour ou l'autre raison. Mais pour l'instant, c'est vrai et tant mieux.

Disons-le : la transparence n’est de toute évidence pas une tradition française, avec des élites politiques, technocratiques, économiques qui, parfois, expliquent peu leurs décisions. "Faire de la pédagogie" : cette formule-valise recouvre souvent des éléments de langage qui ne sont que de la communication. On l’a vu sur les retraites, avec un retard à l'allumage sur les  cadrages financier et technique de la réforme.

Eh bien, l’épreuve que nous traversons démontre l’inverse. Ces dernières heures, les pouvoirs publics et les experts d’une façon générale apprennent sur le tas la transparence. Manifestement, il y a eu des hésitations, des discussions (et il y a encore du flou sur les raisons de ne pas tester à grande échelle), mais les informations sont désormais accessibles.  Mais cela avance.

-Sur le plan économique, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin ont donné très vite la taille du bouclier qui doit protéger l’économie, ils assument totalement que la dette publique grimpe, que le déficit explose. Chacun sait que leurs chiffres ont la solidité du sable, mais rien n’est caché. 

- Sur le plan sanitaire, les trois avis des scientifiques transmis aux pouvoirs publics ont été mis en ligne hier matin et l’après-midi Olivier Véran et ces scientifiques ont tenu une conférence de presse par téléphone réellement instructive. Avec des explications sur les scénarios noirs et l’effet possible du confinement, avec leurs doutes, avec aussi quelques bonnes nouvelles -comme l’essai qualifié par le ministre de prometteur mais incertain (la communauté scientifique ne se précipite pas dessus) du traitement mené à Marseille par Didier Raoult. 

Quoi encore ? Chaque Français a reçu un SMS officiel, des dizaines de médecins prennent du temps pour parler à l’opinion et le directeur général de la Santé prend utilement la parole chaque jour à 19 heures. 

La transparence est toujours une vertu ?

Journaliste, je réponds forcément oui. Mais reconnaissons aussi que dans ces périodes troublées, la transparence est un exercice d’équilibre, cela peut être de la nitroglycérine. En rajouter dans la dramatisation accentue la déprime de Français déjà en overdose d’infos, exagérer les bonnes nouvelles serait irresponsable. 

Quitte à susciter des réactions, on a l’impression qu’en ce moment un bon équilibre a été trouvé par le pouvoir et les médias. Comme il y aura sans doute vite des occasions de nuancer ce jugement, il faut le dire sans tarder. Mais il faut le dire.

L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.