L'édito éco de Dominique Seux, des "Echos". ____Hier, une cinquantaine de très grands industriels européens ont lancé un appel au secours. Ils tirent la sonnette d'alarme sur la crise. Il faut le signaler parce que c'est rare. Quarante-sept grands patrons de l'industrie employant cinq millions de salariés ont dit : la crise est grave, nous n'avons même jamais vu - ce sont leurs mots - une détérioration aussi rapide de l'activité en quelques mois. Coordonné par un cercle qui s'appelle l'European Round Table, cet appel est signé par des personnalités comme les patrons de Renault, Lafarge, Saint-Gobain, Total mais aussi Nestlé en Suisse, Bristish Airways Outre-Manche, Fiat en Italie, Siemens en Allemagne, Nokia en Finlande. D'habitude, ces dirigeants sont très discrets. Là, ils broient suffisamment du noir pour aller sur le devant de la scène. Le troisième trimestre a encore été correct, mais octobre a été mauvais et ils craignent une spirale dépressive. Leur point de vue mérite d'être écouté : ils produisent et vendent partout dans le monde. Le plus nouveau, c'est ce qu'ils demandent. Cela peut surprendre : ces patrons sont des grands libéraux qui, pendant des années, ont trouvé l'Etat encombrant, lourd et inefficace. Là, ils l'appellent au secours. Alors, ils ne demandent pas d'aide pour eux mais des mesures de relance en général. Ils lancent un appel aux banques pour qu'elles facilitent le crédit. Ils appellent les banques centrales à baisser les taux d'intérêt. Et donc, ils invitent les pays qui le peuvent à faire de la relance budgétaire, par des baisses d'impôts ou des investissements publics, ponts, voies de chemin de fer etc. L'Allemagne est nommément citée parce qu'elle a des réserves. Mais c'est un renversement idéologique complet, effectivement, qui dit le sérieux de la situation. Les Etats sont-ils condamnés à signer des chèques ? En tous cas, la pression monte de toutes parts. Ils ont ouvert leurs portefeuilles pour les banques, mais maintenant, l'économie réelle sonne à la porte. L'automobile, aux Etats-Unis, en Allemagne, en Europe, réclame des aides urgentes. L'industrie dans son ensemble veut, c'est le communiqué d'hier, des clients solvables. Et c'est vrai que par rapport à l'argent dépensé pour les banques, les Etats paraissent pingres pour le reste de l'activité. Mais que faire ? Distribuer du pouvoir d'achat à tout le monde, cela coûte cher et risque de revenir à arroser le sable. Soutenir les grands travaux, bonne idée sur le papier, mais cela prend au minimum deux ans ! Les Etats vont donc aider au cas par cas des secteurs en difficulté tout en gonflant les enveloppes pour faire croire qu'ils font des plans de relance massifs. L'appel des industriels d'hier n'est pas inutile, mais il y a un vrai jeu de renvoi de la balle qui ne facilite pas les choses. Les gouvernements veulent réformer une finance mondiale montrée du doigt, mais ne font rien pour corriger ce qui dépend d'eux, le cours des monnaies et leurs déficits gigantesques. Les banquiers sont venus au guichet public mais les PME ne sont manifestement pas convaincues qu'ils font tout pour les aider en ce moment. Les entreprises demandent aux Etats d'être plus actifs, mais elles ont leurs propres responsabilités. Un seul exemple : qui fera croire que les déboires de General Motors datent d'il y a un mois ? Ce sont dix ans d'erreurs stratégiques sur l'évolution des marchés qui font plonger l'entreprise. La crise a le dos large. Mais elle ne peut pas porter le chapeau pour tout ce qui ne va pas.

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