**Le sommet de l’alimentation organisé par la FAO, organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture, s’est achevé hier à Rome. Et disons-le : il n’a pas abouti à des engagements concrets. Pourtant, la faim progresse dans le monde puisque le nombre de personnes sous-alimentées, qui consomment moins de 2.100 calories par jour, est passé en dix ans de 850 millions à un milliard. Pourtant encore, un enfant meurt de faim toutes les six secondes, 17.000 par jour, répète l’ONU. Pour être franc, l’absence des principaux dirigeants de la planète à ce sommet de Rome est assez surprenante. Le résultat, c’est que le spectacle, si on peut dire, a été assuré par Robert Mugabe, le dictateur du Zimbabwe, et par le fantasque guide libyen Mouammar Khadafi … Le contraste est saisissant : trois G 20 ont eu lieu contre la crise, bientôt une cohorte de chefs d’Etat va se rendre à Copenhague pour limiter les dérèglements climatiques. Alors que ces dérèglements produisent déjà des inondations, des sécheresses dans les pays pauvres. Ce désintérêt est choquant. Pourquoi ce désintérêt ?Il est tentant de fustiger l’égoïsme des pays riches et l’absence de pression politique nationale et internationale. Tentant aussi de se dire que la crise accapare les esprits. Ce n’est pas faux. Mais un peu court. Le fait est que les pays développés vivent encore avec une idée qui était exacte il y a quelques années et qui ne l’est plus. Cette idée est que la faim régresse dans le monde grâce au développement. Cela a été vrai pendant une trentaine d’années, en fait jusqu’à 1995 environ, grâce à la révolution verte qui a permis à la production alimentaire de progresser plus vite que la population. Cela n’était déjà plus vrai pendant la période de croissance exceptionnelle du début de ce siècle et ce n’est plus vrai aujourd’hui, je rappelais les chiffres. Quelle explication économique à l’aggravation de la malnutrition ?Les yo-yo des prix des matières premières ont beaucoup joué, avec un sommet à l’été 2008, puis une plongée d’un tiers début 2009, avant qu’ils ne remontent de 20%. C’est ingérable pour les agriculteurs qui ne peuvent pas prendre le risque d’investir, sans compter la spéculation. De façon plus marginale, avec la crise et le chômage, il y a moins de transferts d’argent venant des familles travaillant dans les pays du Nord. Enfin, facteur clé, l’aide au développement a déserté l’agriculture, elle a été divisée par cinq dans ce domaine en quelques années, parce que les institutions internationales ne juraient que par l’urbanisation. Cette erreur est en train d’être corrigée et les zones rurales redeviennent prioritaires. … Mais la population mondiale devrait passer à 9 milliards d’ici 2050…… contre 6,8 milliards aujourd’hui. Défi d’autant plus grand qu’il ne sera possible ni d’augmenter les surfaces cultivables ni d’intensifier à l’infini la production avec des engrais ou l’irrigation, à cause de l’environnement. Une sortie par le haut est possible mais, quitte à être simpliste, difficile de ne pas faire le parallèle entre, d’un côté, l’argent mis sur la table contre la crise ou la grippe N1H1, ou encore les 300 milliards d’euros reçus chaque année par les agriculteurs du Nord et, de l’autre côté, les aides chichement comptées quand il s’agit de la faim.**

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