Une mission du FMI, de la Commission européenne et de la BCE, débarque aujourd’hui à Dublin pour préparer un plan d’aide à l’Irlande.

Les auditeurs qui nous écoutent et qui apercevront à la télévision les images de ces hommes en gris descendant d’avion pour aller inspecter les comptes des banques et du gouvernement. Cces auditeurs auront forcément l’impression de revoir le film grec ! Celui qui a eu tant de succès avant l’été et qui raconte l’histoire d’un petit Etat périphérique de la zone euro en quête d’un plan de sauvetage. Depuis plusieurs jours, cette impression est en réalité (et hélas) fondée. Pour deux raisons. L’Irlande a besoin d’être aidée et elle le sera. Le plus probable est une intervention du Fonds européen de stabilité financière créé au printemps et du FMI. Mais on parle aussi d’un chèque direct des Anglais aux banques irlandaises. Il sera d’ailleurs cocasse de voir le pays d’Albion secourir la zone euro ! La seconde raison qui fait remonter cette image grecque est que derrière cette crise, ce sont les mêmes questions : l’Irlande, comme la Grèce, arrivera-t-elle à rebondir ? Et l’Europe arrivera-t-elle enfin à gérer ses propres affaires ?

Alors, dans l’ordre, d’abord, la comparaison entre l’Irlande et la Grèce est-elle pertinente ?

Oui, mais jusqu’à un certain point. Comme la Grèce, l’Irlande a un problème financier : les marchés constatent que la situation de ses banques est détériorée et s’interrogent sur sa capacité à rembourser ses dettes. Et comme la Grèce, c’est le modèle économique qui est en cause. Dublin a cru pouvoir fonctionner comme un centre off shore assis sur du désarmement fiscal. Cela a marché un temps seulement. Mais cette comparaison a aussi ses limites.

A Dublin, le gouvernement n’a pas triché comme à Athènes. Et les Irlandais se sont attelés à la remise en ordre de leurs affaires avec une énergie incroyable. C’est la raison pour laquelle le Premier ministre irlandais traîne les pieds pour être secouru : il ne veut pas être humilié comme les Grecs. C’est la raison inverse pour laquelle les Européens sont prêts à l’aider et l’aideront –on parle au total de 100 milliards d’euros- : ils ont confiance.

Si on vous comprend bien, la crise irlandaise devrait bien se terminer. Mais l’Europe, justement, sortira-t-elle un jour la tête de l’eau ou est-elle condamnée à aller de crise en crise ? Sur l’Irlande, l’horizon semble se dégager. Cette fois, l’Europe répond présent et vite : bravo. Mais à court ou à moyen terme, la première crainte est que les pays soumis à l’austérité ne s’en sortent pas. Peut-être un jour faudra-t-il rééchelonner leurs dettes. L’autre crainte est que le jeu de domino continue : et pourquoi pas la France dans deux ou trois ans si les déficits publics ne baissent pas parce que la croissance reste «flapie».

Dernière menace. Si la gouvernance européenne ne progresse pas, si aucune politique de croissance n’est engagée, si les crises se répètent, alors attention à ce que certaines opinions de pays vertueux (Pays-Bas, Autriche, Allemagne) ne souhaitent récupérer leur souveraineté monétaire. Dans un film de Lelouch, Fabrice Luchini dit que « le pire n’est jamais sûr mais n’est jamais décevant non plus ». En Europe, le pire n’est pas sûre mais la déception est ce qu’il y a de pire ! « Hommes, femmes, mode d’emploi »

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.