Les Echos, votre journal, publie ce matin les résultats d’une grande enquête sur l’opinion des Français sur leur système de santé : ce qui va, ce qui ne va pas.

C’est une enquête réalisée par l’IFOP pour le cabinet Jalma consulting, très connu dans le secteur de la santé. Et autant, le dire tout de suite, les Français sont ambivalents sur notre système de santé. Selon eux, il est bon, meilleur qu’avant, mais il se dégrade. Allez comprendre ! Concrètement, 75% des personnes interrogées le jugent excellent ou bon - c’est presque dix points de mieux qu’en 2007. Bonne nouvelle, alors ? Pas tout à fait. Parce que deux Français sur trois estiment qu’il - le système de santé - s’est dégradé ces dernières années.

J’imagine que vous avez une explication à ce paradoxe…

Vous imaginez bien ! Il y a une explication et la voici : la qualité du système de soins, des personnels, de l’accueil, sont reconnues ; mais il y a un point noir, et de plus en plus : les délais d’attente, les fameux délais. C’est le mot qui revient le plus dans les difficultés évoquées. Il faut en moyenne 111 jours avant d’obtenir un rendez-vous chez un ophtalmologue en ville, 57 jours pour voir un gynéco, 50 jours pour un dermato, 42 jours pour un cardiologue. A l’hôpital, c’est un peu mieux, mais pas beaucoup. Dans le cas des généralistes, c’est six jours.

Il y a donc un problème d’accès aux soins ?

Le résultat de tout cela est que le vrai problème d’accès aux soins, ce ne sont pas -contrairement à ce que l’on croit et dit souvent- les dépassements d’honoraires, mais le temps d’attente. Les Français qui ont déjà renoncé à se soigner l’ont fait, disent-ils, d’abord à cause de l’attente, puis à cause du coût, et enfin à cause de l’éloignement géographique. C’est la fameuse distinction (marxiste) entre les droits réels et formels. On a tous le droit aux soins, mais s’il n’est pas disponible en réalité, c’est comme s’il n’existait pas. A la différence près (et énorme) qu’en France, il est toujours disponible en cas d’urgence.

Pourquoi ces délais d’attente s’allongent-ils autant ?

La population vieillit, elle va donc plus souvent chez le médecin. Les médecins vieillissent aussi, les modes de vie changent. Un certain nombre de médecins ne veulent plus consulter le mercredi ou le samedi. Et puis, ils se dirigent vers les spécialisations plus lucratives. Les dermatologues se spécialisent vers l’esthétique ! Cela étant, disons aussi deux choses moins « politiquement correctes ». Un : les spécialistes ont tendance à disparaître dans les régions où les dépassements d’honoraires sont mal vus, l’Ouest le sud-Ouest ; quand les honoraires sont plus élevés, il y a plus de médecins et moins d’attente. Deux : les responsables politiques ont cru, il y a vingt ans, qu’en formant moins de médecins, les dépenses de santé ralentiraient. Cette politique hypocrite de fermeture de robinet a eu un seul effet : précipiter les gens vers les urgences où une admission est facturée beaucoup plus cher à l’assurance-maladie. Voilà les effets d’une politique de gribouille.

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