Ce matin, vous essayez d'évaluer les conséquences économiques des attentats.

Essayer parce qu'il faut être prudent -et humble- sur une question où l’attention va avant tout aux victimes et aux opérations en cours, pas à l'économie. Néanmoins, ce que l'on peut dire est que l'impact à court terme, dans le passé, a été le plus souvent limité -bien plus qu'on ne le croyait sur le moment. Mais que cela pourrait changer cette fois -et on va voir pourquoi. Alors, impact limité. Les attentats de Charlie ont eu lieu en janvier. Eh bien, la croissance, au premier trimestre, a été de + 0,7 %, un des meilleurs chiffres récents. L'économie a continué de tourner. Après le 11 septembre 2001, aux Etats-Unis, il y a eu une petite baisse de l'activité mais très faible. Après les attentats de Madrid et Londres en 2004 et 2005, on a même eu un vrai dynamisme. Sur le moment, bien sûr, le tourisme plonge, le commerce s'inquiète, mais vite les consommateurs reviennent dans les magasins. Voilà ce qu'on a vu jusqu'à maintenant.

Mais vous avez dit que, cette fois, il y a un élément nouveau à intégrer.

Exactement : le raisonnement et les comportements changent ou peuvent changer quand un attentat n'est plus considéré comme exceptionnel. Les 7 et 9 janvier, c'était encore des événements inouïs et exceptionnels. Avec l'atrocité du 13 novembre, la répétition et la crainte qu'il y ait d'autres répliques, on n'est plus dans l'exceptionnel. C'est un point fondamental. La peur qui dure, ce sont des modes de transport qui changent – et hier, coïncidence ou pas il y a eu un pic de bouchons en Île-de-France. Ce sont des clients plus prudents dans les magasins. Bref, notre capacité naturelle à « oublier » diminue. Alors, que se passe-t-il en économie à ce moment-là ? Au Pays Basque espagnol, par exemple, des économistes ont calculé que le revenu par habitant était 10 % inférieur à ce qu'il aurait été sans terrorisme. L’Irlande du Nord, Israël, sont des pays intéressants à étudier, mais différents. Ils sont entrés dans des économies de guerre et ont fait avec. Heureusement, nous n'en sommes pas là. Mais il ne fait aucun doute que l'économie aura encore des choses à dire.

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