Vendredi, le gouvernement a subi un camouflet passé plus inaperçu que sur l'huile de palme, cette fois sur le logement. Avec une conséquence discutable : les députés réclament des évaluations des politiques publiques mais refusent d'en tenir compte.

Doit-on voir une victoire des lobbys dans la question des logements ?
Doit-on voir une victoire des lobbys dans la question des logements ? © Getty / Valery Inglebert / EyeEm

Ce débat est passé plus inaperçu que celui sur l’huile de palme, qui a fait beaucoup de bruit. Le bruit général, sur l'huile de palme, a été celui-ci : les gentils députés ont fait reculer la méchante entreprise Total qui avait su convaincre un Edouard Philippe trop sensible à son lobbying. On ironise mais c’est vrai que Nicolas Hulot, ministre, avait validé officiellement en 2018 le compromis avec Total sur l’usine de La Mède et qu’il y a des centaines d’emplois en jeu. 

Mais bon vive les députés, c’est la démocratie. 

Mais un autre lobby aurait gagné ?

Ce qui est intéressant, presque amusant, est qu’au même moment, les mêmes députés ont été sensibles au lobbying d’autres professionnels, ceux du bâtiment et de la construction, ainsi que celui des élus locaux, pour défendre un outil dont l’efficacité est très contestée. Il s’agit du Prêt à taux zéro, le PTZ, financé par l’Etat, qui donne un coup de pouce à l’acquisition d’un logement à des dizaines de milliers de familles depuis vingt-cinq ans. 

En octobre, un rapport de l’Inspection générale des finances et de l’inspection générale du ministère du développement durable (ce sont des corps de contrôle), un rapport a conclu que le PTZ doit être revu et en tous cas, qu’il n’apporte rien dans certaines zones rurales ou semi-urbaines non « tendues » mais qu’il coûte cher. 

Cerise sur le gâteau, cette aide encouragerait la construction de logements neufs, de pavillons individuels. Elle ne lutte donc pas contre l’étalement urbain et l’artificialisation des sols, autre cause écologique. Au total, les députés ont maintenu le dispositif dans les petites villes et villages. Comme le logement est une cause sympathique - j’ironise à nouveau -, ces députés ont été sensibles (tiens) aux arguments des professionnels sans que cela ne choque personne.  

Deux poids, deux mesures donc ? 

Cela en a tout l’air. Certes, les députés n'ont pas voulu supprimer une aide au logement en milieu semi-rural, le cœur des "gilets jaunes". Il semble aussi que Julien Denormandie, le ministre en charge du Logement, ait torpillé l’arbitrage de Matignon. 

Mais le signal n’en reste pas moins, au fond, qu’on encourage plus la construction neuve en périphérie que la réhabilitation de logements anciens en centre-ville. Et il est étrange que le Parlement, qui veut sans cesse évaluer les politiques publiques, quand il y a des évaluations, s'asseoit dessus et n'en tient absolument pas compte.

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