La température sociale est restée élevée ce week-end et les jours à venir s’annoncent encore chauds. C’est la sixième semaine de conflit. Quelle est désormais la stratégie de l’Elysée ?

C’est vrai que le climat reste tendu, avec des manifestations qui réunissent moins de monde mais encore du monde et, surtout, les blocages des raffineries. Dans ce contexte, la stratégie du pouvoir tient en trois mots : essoufflement, division et changement de ton.

L’essoufflement : L’Elysée parie sur la fatigue des manifestants et l’approche des vacances de la Toussaint.

Deuxième élément, la division : ce n’est pas une stratégie, plutôt un constat, des fissures apparaissent dans le front syndical, entre les réformistes pour qui il ne faut pas continuer après le vote du Sénat, et les plus résolus, qui veulent battre le fer jusqu’au bout, le faire rougir au maximum.

Enfin, le changement de ton : il a été manifeste ce week-end. Fermeté sur les pénuries de carburant mais vis-à-vis des jeunes, l’accusation de manipulation a disparu, il s’agit d’expliquer en quoi leurs arguments sont à côté de la plaque (notamment sur l’emploi). Voilà le triptyque élyséen.

Quelles sont les chances que cette stratégie aboutisse ?

L’effet des vacances de la Toussaint sur les lycéens est certain. La division syndicale, elle, est possible, probable, mais pas certaine. Bernard Thibault a certes ses « durs » en interne, comme François Chérèque a, lui, en interne, des partisans du retour au calme (son numéro deux, Marcel Grignard). Mais Thibault et Chérèque ont fait cause commune jusqu’à maintenant, et la CFDT ne va pas vouloir donner l’impression de reculer. Donc, il y aura peut-être du flottement sur leurs stratégies à eux. Et puis, il y a le blocage des raffineries, action plus visible que le blocage des transports publics (ce qui ne plait pas à Didier Le Reste, de la CGT cheminots). Là, l’effet de levier est énorme entre le nombre de grévistes et l’effet médiatique : une raffinerie peut- être bloquée avec moins de 100 personnes. Dans ce secteur, il faut savoir que la CGT est très dure, elle exige le retour aux 37,5 ans de cotisation ! Il faut savoir aussi que sa radicalisation s’explique par son succès en février quand, après la fermeture de Dunkerque, elle a obtenu un moratoire de cinq ans sur les autres sites menacés. Elle a mesuré son pouvoir. ...

Et il y a ceux qui sont montés dans le train de la mobilisation ! Oui, qui sont plus ou moins concernés par la réforme. On a parlé des régimes spéciaux. Il faut dire aussi qu’une partie des personnels de raffineries partent en retraite à 55 ans. On peut rappeler aussi que les conducteurs de poids lourds bénéficient, depuis 1996, d’un régime qui s’appelle le congé de fin d’activité, qui leur permet de partir au même âge. Enfin, il y a ceux que l’on pourrait appeler de vrais passagers clandestins. Je veux parler du suicide du Port de Marseille. 36 grutiers CGT bloquent depuis 24 jours l’entrée des navires pour une sombre histoire de changement de statut. Des dizaines de clients dégoutés sont partis sur Anvers, Gênes ou Valence. Il y a trente ans, Marseille était le concurrent d’Anvers. Aujourd’hui, il est dix fois plus petit. Il s’agit de la pure défense d’intérêts corporatistes.

Les syndicats nationaux, notamment la CGT de Bernard Thibault, seraient plus crédibles sur les grands sujets collectifs comme les retraites s’ils dénonçaient ce pur scandale.

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