L'accord sur le Brexit est un vrai accord de divorce, mais son contenu alambiqué n'est que le premier bricolage d'une longue série de bricolages à venir.

Palais de Westminster
Palais de Westminster © Getty / Nuwan

Commenter l’accord conclu entre l’Union européenne et le Royaume-Uni sur le Brexit est un exercice très délicat, l’accord corrigé mis en ligne hier après-midi fait 562 pages et il aurait fallu être vraiment vertueux pour le lire intégralement (avec le protocole politique) alors que le Parlement britannique le refusera peut-être demain. Donc, je dois avouer que je n’ai pas été très vertueux. ...

Cela dit, un point apparaît sûr : cela a beau être un divorce par consentement mutuel (à l'amiable), c’est d’abord un divorce. 

Ce qui est prévu au-delà de la période de transition d’un ou deux ans, c’est la fin de l’union douanière, c’est-à-dire de la libre circulation sans taxes entre les deux rives de la Manche. Les Britanniques promettent bien de ne pas devenir une sorte de Singapour sur Tamise, c’est-à-dire un paradis fiscal attirant tous les capitaux et les entreprises, mais personne n’est obligé de les croire : leur déclaration politique qui dit cela n’a absolument aucune valeur juridique. 

Quels autres éléments trouve-t-on dans l’acte de divorce ? 

D’ici quelques années, l’immigration des Français, des Allemands, des Italiens qui voudront s’installer Outre-Manche se fera peut-être selon un système de permis à points, comme en Australie. C’est clair, une fois le divorce vraiment effectif, les deux rives du Channel ne vivront plus ensemble. Mais … ? Mais, comme dans un certain nombre de divorces, il y a, et il y aura, des petits et grands arrangements parce que les ex ont encore des intérêts communs. La façon dont est traité le cas de l’Irlande du Nord est un bricolage peu orthodoxe et il y en aura d’autres. 

Peu orthodoxe : ce sont les douaniers britanniques qui appliqueront les règles de l’Union européenne à la frontière irlandaise, on croit rêver, c’est de l’enfumage. A partir de là, on devine les bricolages qui suivront : 

Bien évidemment, les douaniers ne contrôleront pas les passagers de tous les trains Eurostar - et tant mieux.

Bien sûr encore, un compromis sera trouvé pour que les ailes des Airbus fabriquées à Bristol rentrent hors droits de douane à Toulouse, sinon Airbus fermera son usine britannique. 

Bien sûr toujours, la place financière de Londres ne sera pas coupée du vieux continent parce qu’il y a trop d’argent en jeu – en tous cas on en prend le pari. 

Au total, le divorce aura vraiment lieu, mais il va y avoir des négociations dans tous les sens, dans le désordre, plus ou moins discrètes, qui seront autant de coups de canifs dans la pureté fantasmée du Brexit is Brexit

Contrairement aux apparences, ce sont les 27 restant qui en porteront le plus le risque à moyen et long terme parce que leur lassitude et l’envie de passer à autre chose les amollira.

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