Ce qui ne se voit pas dans l’industrie !

C’est une réflexion inspirée par la lecture des chiffres passionnants établis par un cabinet spécialisé dans la collecte de données économiques, Trendeo, et dont notre confrère Le Monde fait état dans son édition d’aujourd’hui. Il s’agit du nombre d’usines qui, depuis janvier, ont été ouvertes et qui ont disparu en France. Selon ce cabinet, sur cette période, 130 ont été ouvertes mais 208 ont été fermées. Depuis début 2009, en deux ans et demi seulement, environ 800 sites industriels de dix salariés au moins ont vu le jour, tandis que 1100 ont disparu. On le voit, hélas, le solde est négatif. C’est le premier niveau de lecture, il est macro-économique, politique et disons même médiatique.

Et il y en a donc d’autres niveaux de lecture.

Exactement. Le chiffre des destructions de sites industriels fait d’abord sauter aux yeux que nous ne savons pas grand-chose, à Paris, de ce qui se passe au plus près du terrain, au jour le jour. Petroplus, Lejaby, Doux, PSA, sont connus. Mais qui a entendu parler de la chute de Câblage Electronique Production (dans les Yvelines), de celle d’Isobois – c’est de l’isolation de fenêtres – (dans les Cotes d’Armor), du sous-traitant de l’automobile CGR (à Mulhouse) ou de Plysorol (fabrication de contreplaqués, en Vendée) ? Personne, sinon les intéressés et leur bassin d’emploi. Voilà des exemples cités au hasard dans la liste des fermetures. Mais il y a des inconnues encore plus inconnues : les ouvertures de sites. Fin août, une start-up grenobloise, Movéa, a annoncé de nouvelles activités ; le groupe Safran va ouvrir un site à Commercy, dans la Meuse, avec plusieurs centaines d’emplois à la clé, etc.

Quelle leçon en tirez-vous ?

La leçon, c’est le niveau de l’eau dans la baignoire. On regarde toujours le niveau, pas l’eau qui coule du robinet et l’eau qui sort par la bonde, pas les flux. On regarde les grandes usines qui disparaissent, un peu le bilan général, le solde des ouvertures et des fermetures, mais pas du tout ou si peu celles qui se créent. La France se désindustrialise, mais elle s’industrialise tous les jours aussi. C’est quand même, dans la sinistrose ambiante, ce climat pesant et noir, quelque chose de rassurant. En réalité, ce regard biaisé sur le seul solde concerne la plupart des données économiques – et c’est dommage. Le déficit du commerce extérieur est lourd, mais la France exporte malgré tout pour plus de 400 milliards d’euros de biens. Dans un autre domaine, on dit que, chaque jour, 10.000 emplois se créent et 10.000 autres disparaissent. L’économie est cruelle, parce qu’elle détruit et construit. C’est ainsi depuis la nuit des temps.

Cela ne veut pas dire que c’est facile.

Non, mais cela devrait inciter à regarder dans le détail ce qui marche et ne marche pas. A regarder au-delà des seuls géants du CAC 40, géants dont il y a par ailleurs tout lieu d’être fiers. Surtout, dans tout cela, il y a matière à admirer tous ceux, salariés et chefs d’entreprise, qui se battent tous les jours pour résister, tenir et créer.

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