Ce matin, vous annoncez un record sur le niveau des dépenses publiques.

Les chiffres du budget s’effeuillent chaque jour et on a appris, oui, que selon les tous derniers calculs de Bercy, les dépenses publiques passeront cette année la barre des 57% du PIB. Elles s’élèveront à 57,1% - pour être précis. Cela n’a l’air de rien, mais c’est la première fois que cette barre est franchie : même pendant la crise de 2008-2009, quand l’Etat avait creusé à toute allure son déficit pour amortir le choc de la crise mondiale, le niveau des dépenses collectives dans la richesse nationale était resté en dessous. C’est un record historique.

Il y a des raisons techniques qui expliquent ce chiffre…

Ce chiffre, ce sont au numérateur les dépenses de l’Etat, de la sécurité sociale, des collectivités locales ; et au dénominateur, le PIB. Si la croissance est plus faible que prévu, le ratio augmente – c’est logique. Le gouvernement prévoit que ce ratio redescendra un peu l’an prochain.

Bon, mais au-delà de la technique, où se situe la France par rapport aux autres grands pays ?

La France se situe et se voit comme Aznavour « en haut de l’affiche ». On n’a pas d’estimation ultra-récente pour tous les pays européens, mais elle sera sans doute numéro deux ou trois sur Vingt-huit, après le Danemark et Chypre, sauvé du gouffre par l’aide européenne. Si on regarde le palmarès mondial du FMI, la France est 8ème ou 9ème sur 189 pays. Plus haut que nous, il y a : la Syrie (c’est la guerre), des micro-Etats du Pacifique (les îles Kiribati et Tuvalu, les îles Marshall et la Micronésie) - ne me demandez pas pourquoi -, puis le Lesotho et, donc, le Danemark. On est presque les champions !

Je sens votre ironie – mais des dépenses publiques élevées, c’est un choix de société…

Oui, la droite et la gauche sont dans le même bateau là-dessus. On connaît par cœur les arguments de ceux qui pensent que circulez il n’y a rien à voir, tout cela est normal, qui le disaient déjà à 50, 55%. Je les donne : nous avons des dépenses de Défense que les autres n’ont pas ; grâce à notre système santé public, notre espérance de vie est plus longue ; grâce à notre système de retraite public, nos pensions sont plus élevées ; de toute façon, ailleurs, ces dépenses, même privées, existent quand même ; nos mairies et nos ronds points sont plus beaux ; nous avons de superbes entreprises publiques. Certes.

Mais ?

Mais la différence de treize points de dépenses publiques avec l’Allemagne est quand même étrange. Mais tous les jours, la Cour des comptes présidée par Didier Migaud qui n'est pas un ultra-libéral nous dit que le secteur public dépense trop - lundi, encore c'était EDF, hier la Sécu. Mais tous les jours, des sondages disent les Français malheureux. Tout n'est donc pas optimum. Or quand la sphère publique absorbe entre la moitié et les deux tiers de ce qui est produit, il y a un moment où l’économie est étouffée. Le mot est tabou et brutal mais, eh bien, nous y sommes.

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