Les Echos révèlent ce matin les conclusions du travail qu’a conduit l’Autorité de la concurrence sur les péages autoroutiers. C’est une charge au canon contre les sociétés qui ont obtenu les concessions en 2006. La hausse des impôts vous fait râler, vous avez, comme a dit Manuel Valls à ce micro hier, un « haut le cœur fiscal » surtout si vous n’êtes pas concernés par la baisse qu’il a annoncée, eh bien vous allez adorer ce que dit l’Autorité de la concurrence dans un rapport qui va être rendu public ce matin. Elle dénonce tout simplement la « rente » des sociétés bien connues, ASF, Cofiroute, APRR-Area ou encore la Sanef, qui appartiennent aux groupes de BTP, Vinci, Eiffage et Albertis. Ces sociétés affichent des marges de plus de 20%, en clair font un bénéfice de deux milliards sur un chiffre d’affaires de huit, chiffre d’affaires qui a augmenté de 26% depuis 2006. Et les tarifs des péages, en dix ans, ont augmenté de manière vraiment déraisonnable et plus vite que les prix. Qu’est ce qui explique cette « rente » ? L’Autorité de la concurrence dirigée par Bruno Lasserre - celui qui avait condamné les ententes entre les opérateurs de téléphonie mobile sur les prix – dit en filigrane que l’Etat, là aussi peu efficace, « s’est fait avoir » au moment de la privatisation et qu’il continue de « se faire avoir » parce ses fonctionnaires (je caricature) ne sauraient pas bien combien coûte un km de goudron. Ils s’intéressent surtout à la sécurité (les barrières et les bandes réfléchissantes, c’est bien) mais pas au prix (c’est moins bien). En plus, les modalités de calcul des péages ont été établis comme s’il y avait un risque de baisse du trafic, ce qui ne s’est jamais vérifié en cinquante ans. Bref, pile je gagne, face tu perds. Certes, les autoroutes se sont endettées au moment des travaux, mais elles gagnent assez d’argent pour que tous les bénéfices soient reversés à leurs actionnaires. De leur point de vue, leur stratégie est compréhensible : elles ont cherché à s’assurer des revenus réguliers (les péages) alors que leur secteur d’origine (le BTP) est très cyclique. Mais elles ont été trop gourmandes. C’est la deuxième charge après celle, il y a quelques mois, de la cour des comptes. Que faire ? L’Autorité de la concurrence propose de changer le mode de fixation des tarifs ce qui permettrait qu’ils baissent de temps en temps. Mais voilà, juridiquement, rien ne peut être fait avant ... 2027 ! Les contrats sont bétonnés. Elle suggère donc de profiter de la négociation en cours sur le plan de relance autoroutier – il y a des travaux lourds prévus en échange d’une nouvelle prolongation des concessions – (d’en profiter) pour exiger une révision des péages. Vous y croyez ? Le conducteur qui est en moi n’y croit pas !

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