La France a marqué des points ce week-end au niveau européen sur la taxation des géants américains du numérique.

Samedi, Bruno Le Maire, le ministre des Finances, est parvenu à Tallinn, en Estonie, à rallier une dizaine de pays à l’idée de taxer ce que l’on appelle les GAFA – Google, Amazon, Facebook et Apple. On sait que ces grands groupes réussissent tout à fait légalement à minimiser leurs impôts en transférant leurs chiffres d’affaires et leurs bénéfices dans les pays européens fiscalement les plus cléments, principalement le Luxembourg et l’Irlande. Il y a un mois, «Le Parisien» révélait que Airbnb a payé 92.944 euros d’impôt en 2016, alors que la France est le deuxième marché mondial de la plate-forme de location de logements entre particuliers. Au total, ce sont des dizaines de milliards qui s’évaporent. L’idée française est de taxer le chiffre d’affaires pour ne pas entrer dans les subtilités de la localisation des bénéfices – ce qui est toujours compliqué avec les multinationales mais encore bien plus avec l’économie numérique. Cette piste aboutira-t-elle ? Parmi les pays qui disent OK, il y a l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne :ce n’est pas rien. Le problème est les réformes fiscales nécessitent un accord à 28 – et Dublin ne se rendra pas sans combattre. Beaucoup d’experts, notamment à la Commission européenne, doutent aussi de la légalité d’une taxation du chiffre d’affaires -pourquoi Amazon et pas la Fnac-Darty ? Bref, la bataille commence.

Est-ce légitime de la livrer ?

Absolument, les GAFA ont trop tiré sur la corde. Mais à condition de rappeler que c’est l’absence d’harmonisation en Europe qui rend possibles les fuites fiscales. Comme c’est l’absence de coopération dans le monde qui facilite l’évasion vers des petits Etats paradisiaques. Mais le point intéressant est de voir combien le climat a changé partout sur la fiscalité. Sous la pression américaine d’Obama, la Suisse a dû revoir son fameux secret bancaire. Des conventions internationales sont désormais appliquées, certaines entreront en vigueur début 2018. On voit clairement en tous cas la stratégie française : mettre en avant des sujets très parlants, comme les travailleurs détachés et la taxation des GAFA, plus sexys que le budget de la zone euro. On ne peut s’empêcher de se dire que cette initiative confirme que la fiscalité reste une spécialité tricolore et un produit d’exportation à succès pour notre pays.

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