En janvier, quelques voix ont asséné qu'une fraude sociale impliquant des personnalités publiques coûte à la France 14 milliards d'euros par an. L'expertise publiée lundi ramène ce chiffre à 1% de cette gigantesque somme. Une fake news qui devrait servir de leçon.

Retour sur une fake news concernant la fraude sociale
Retour sur une fake news concernant la fraude sociale © AFP / Philippe HUGUEN

C’est une histoire emblématique qui implique des personnalités publiques qui sont prêtes à dire ou à reprendre n’importe quoi, des médias (nous) qui propagent des énormités - sans les cautionner, mais sans toujours beaucoup de distance -, et des experts qui rament pour rétablir la vérité. 

Voici l’histoire

Il y a quelque mois, un magistrat financier affirme que près de deux millions de numéros de sécurité sociale ont été frauduleusement attribués à des personnes nées à l’étranger. Sa conclusion : des gens qui ne devraient pas y avoir droit bénéficient de prestations sociales en France et il y a à la clé une fraude de 14 milliards d’euros par an. Cela fait grand bruit, cela tourne en boucle sur les réseaux sociaux et certains médias et Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan s’emparent du sujet, reprennent les chiffres, dénoncent un scandale. 

Les spécialistes s’étranglent (voir l'excellent CheckNews de Libération sur le sujet), mais le mal est fait. Une commission sénatoriale enquête et, en juin, rétablit un début de vérité : la fraude serait comprise entre 290 millions et 1,2 milliard d’euros. On est déjà loin des 14 milliards. 

Eh bien avant-hier, le Sénat a publié un communiqué pour affiner définitivement la perte liée à ces usurpations d’identité et faux documents : 117 à 139 millions d’euros. Donc cent fois (j'ai bien dit cent fois) moins que le chiffre initial. 

Evidemment, je ne surprendrai personne en disant que l’info de lundi a fait moins de bruit que l'annonce initiale. 

Quelles leçons ? 

Passons sur l’instrumentalisation politique par le RN et Debout la France, qui ont sauté sur l’occasion de mettre en cause les étrangers et d’instiller l’idée que l’Etat ne fait rien contre la fraude. Plus c’est gros, plus ça passe. Cela rappelle le bus de Boris Johnson qui s’est promené au Royaume-Uni en affichant que le Brexit ferait économiser 350 millions de Livres au pays par semaine, chiffre farfelu. Au-delà, on voit bien que les chiffres valsent tellement qu’il est devenu difficile de faire la différence entre un million, 100 millions, un milliard, 10 ou 100 milliards. Tout apparaît crédible. 

Enfin, le rôle des médias dans cet univers compliqué est compliqué, médias dont le rôle est de donner du sens au bruit de l’actualité et de faire du bruit seulement avec ce qui a du sens. Mais ce n'est pas facile tous les jours.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.