Les prix ne tombent pas seulement en Bourse. On enregistre une forte baisse dans un secteur bien particulier : l'énergie solaire.

Le prix des panneaux solaires a dégringolé de 20% en six mois.

Alors on peut se dire qu'à côté des actions de la banque Dexia qui ont perdu 14% hier, en un seul jour, ce n'est pas beaucoup. Mais là, on n'est pas en Bourse où on mesure une valeur de papier. On est dans le dur, dans l'industrie à l'ancienne même si la production de panneaux photovoltaïque est toute récente.

Cette baisse massive vient d'une véritable guerre des prix pour une raison classique, comme les aiment les économistes : l'offre monte et la demande baisse. Coté offre, de plus en plus d'industriels construisent des usines pour fabriquer ces panneaux. Rien qu'en Chine, il y a près d'une centaine de producteurs prêts à écraser les prix. Il y a donc surcapacité.

Et du côté de la demande, qu'est-ce qui se passe ?

Là, c'est plus original.

L'électricité solaire est ultrasubventionnée, c'est un pari sur l'avenir que font les gouvernements. Mais ces gouvernements ont de moins en moins d'argent en caisse, et ils veulent aussi lutter contre les abus qu'il y a eu dans le solaire. Pour cela, la solution est simple : ils diminuent la subvention sur l'achat du kilowattheure solaire, et cela fait baisser les achats de panneaux.

C'est ce qui a été décidé en France, assez maladroitement, mais aussi et surtout en Italie et en Allemagne qui sont les plus gros acheteurs de photovoltaïque. On a évidemment un peu de mal à l'imaginer vu le climat : l'Allemagne est la championne de l'énergie solaire. La moitié des capacités de production mondiale y est installée.

C'est pour la bonne cause. C'est un pari pour l'avenir, pour réduire les émissions de CO2.

Ce n'est pas si simple.

Je vous recommande la lecture d'un livre de Jean-Marc Jancovici, « Changer le monde », paru en mai dernier chez Calmann-Lévy. Jancovici est un pur ingénieur, il se passionne pour l'énergie, et il raisonne en quantités physiques.

Il explique que l'énergie pour fabriquer un panneau photovoltaïque représente déjà trois ans de la production de ce panneau. Comme c'est fait en Chine, cette énergie nécessaire à la fabrication vient en plus du très polluant charbon. Et une fois le panneau installé, quand il n'y a pas de soleil, ce qui arrive assez souvent, la nuit par exemple, il faut une autre énergie qu'on peut démarrer facilement - une centrale à gaz ou à charbon.

Conclusion implacable de Jancovici : « En subventionnant le photovoltaïque, la puissance publique subventionne alors une hausse des émissions [de CO2]. (…) Toute personne convaincue que le changement climatique est une priorité devrait décider d'arrêter demain matin les subventions à l'installation de panneaux photovoltaïques dans notre pays pour consacrer l'argent à des actions plus efficaces ».

Ce qui renvoie à un vieux proverbe : l'enfer est pavé de bonnes intentions.

Mais subventionner le photovoltaïque, cela sert aussi à encourager l'industrie.

C'est vrai. Mais là, on n'est plus dans le CO2, on est dans une bonne vieille politique industrielle. C'est tout le pari allemand sur les énergies renouvelables.

Sauf que le photovoltaïque profite aujourd'hui aux Chinois. La semaine dernière, l'allemand Q-Cell a annoncé des pertes massives et la délocalisation d'une bonne partie de sa production. Ca ressemble à un échec.

Un mot tout de même Jean-Marc sur la nouvelle chute des Bourses hier : qu'est-ce qui se passe ?

Aux Etats-Unis, doutes sur la santé de l'économie et la croissance.

En Europe, doutes sur la santé des banques et des Etats.

Au-delà, les investisseurs commencent enfin à découvrir deux rudes réalités. Primo, si les Etats ont sauvé la finance en 2008, ils n'auraient plus les moyens de le faire en 2011. Secundo, les profits vont baisser.

Entre ces deux découvertes, ils n'ont pas encore décidé ce qui était le plus horrible.

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