Jean-Marc Vittori, du quotidien Les Echos

Il y a dix ans, Google entrait en Bourse. Pourquoi selon vous cet anniversaire est-il marquant ? Parce qu’il montre la formidable accélération de l’histoire, ou au moins de l’histoire économique. Il y a vingt ans, Serguei Brin et Larry Page ne se connaissaient même pas. Ces deux matheux se sont rencontrés en 1995 à l’université américaine de Stanford. Pour évaluer l’importance des pages Internet, ils ont bâti un système d’instructions, un algorithme, fondé sur le nombre de liens renvoyant à chaque page. C’est le fondement de leur moteur de recherche, sur lequel ils ont bâti leur entreprise à partir de 1998. Entrée en Bourse donc en 2004. Et c’est dix ans plus tard la troisième entreprise la plus chère au monde, avec une valeur de près de 400 milliards de dollars. Jamais dans l’histoire une entreprise n’a été aussi vite. L’inventeur de l’iPhone, Apple, première capitalisation boursière mondiale, est deux fois plus âgé. Et le pétrolier Exxon, numéro deux, est un valeureux centenaire. Mais la Bourse ne donne qu’une idée partielle de l’importance d’une entreprise Tout à fait d’accord. Un cours de Bourse ne mesure que les profits futurs d’une entreprise, ou plus exactement l’idée que s’en font les investisseurs. Mais il y a bien d’autres chiffres qui montrent la puissance de Google. Plus d’un milliard de recherches par jour, plus de 100 millions d’ordinateurs serveurs pour trier l’énorme masse d’informations qui s’accumule sur le web... N’ayez pas peur, je vais m’arrêter côté chiffres. Au-delà, Google est devenu un acteur central de l’Internet, et c’est autour d’Internet qu’est en train de se reconstruire l’économie. On l’a vu d’abord avec l’industrie musicale, puis les médias et l’édition. C’est maintenant au tour du commerce et de la banque. L’automobile est en train d’y venir, l’université et la santé vont être bientôt concernées. Avec sa formidable puissance financière, Google essaie de prendre des positions clés dans tous ces secteurs.Une telle montée en puissance n’est-elle pas inquiétante ? Oui, évidemment. Une réussite pareille peut inspirer de l’admiration mais aussi de la crainte. Google a été mise en cause sur le respect de la vie privée, sur la censure d’informations, sur l’empiètement des droits d’auteur. Elle est aussi dans le collimateur de la Commission européenne pour abus de position dominante. Ce n’est pas très surprenant : toute grande entreprise rêve de devenir un monopole, et il est normal que le régulateur veille au respect de la concurrence. Mais au fond, je suis assez confiant. L’une des grandes leçons de l’histoire, c’est que les empires qui semblent inexpugnables finissent toujours par reculer, voire s’écrouler, de l’Empire romain à Microsoft en passant par l’URSS. Et que retenez-vous de l’épopée Google pour la France ? Dans notre pays, il y a de très belles entreprises, des dizaines de champions mondiaux. Mais parmi celles qui pèsent plus de 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, aucune n’a été créée depuis les années 1960. Notre tissu économique ne se renouvelle pas assez vite. Or c’est dans ce renouvellement, dans cette destruction créatrice, que naissent les nouveaux emplois.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.