C’est le monde à l’envers. Imaginez que vous alliez voir votre banquier pour lui demander un crédit de 100 000 euros et qu’il vous dise que vous ne lui rembourserez que 96 000 euros... dans dix ans.

Des taux d’intérêt négatifs
Des taux d’intérêt négatifs © Getty / Juj Winn

C’est ce qui arrive à l’Etat français qui emprunte à moins 0,4 % à 10 ans. Les investisseurs sont prêts à lui prêter de l’argent tout en sachant qu’ils ne seront pas intégralement remboursés à l’échéance. Bref, la France est payée pour s’endetter. 

La bonne nouvelle, c’est que la France est considérée comme sûre. La mauvaise, c’est que les taux négatifs traduisent une crainte de l’avenir. C’est la peur que 100 000 euros d’aujourd’hui vaudront moins demain. Les investisseurs ne sont pas fous. Ils craignent une récession avec la guerre commerciale de Trump. Et ils ne croient plus qu’il y aura de la croissance en Europe. 

Le phénomène des taux négatifs ne touche pas encore les particuliers en France. Mais déjà, au Danemark, une banque a annoncé qu’elle prêterait à ses clients à taux négatifs. A l’inverse, une banque suisse va faire payer ses clients les plus riches pour l’argent qu’ils laissent sur leur compte. Avec les taux négatifs, ça coûte d’épargner et ça rapporte de s’endetter. 

Mais pourquoi les taux d’intérêt sont-ils tombés en dessous de zéro ?

Les banques centrales ont baissé leurs taux d’intérêt après la crise de 2008 et ont racheté les dettes des Etats, pour faire repartir l’activité. Mais plus de dix ans après, la croissance reste au mieux modérée et l’inflation a disparu. Parce qu’il y a aujourd’hui trop d’épargne (ou trop d’argent) mais pas assez de consommation et d’investissements pour que l’économie tourne bien. 

Les taux négatifs c’est aussi le signe qu’il faut investir et consommer aujourd’hui plutôt que d’épargner. 

Mais y a-t-il des inconvénients à ces taux négatifs ? 

Les prix de l’immobilier s’envolent dans de nombreux pays dont la France. Et les taux négatifs sont une véritable machine à bulle financière qui éclatera bien un jour. La période est donc dangereuse mais nous devrions adapter notre logique économique à cette nouvelle situation. Les Etats qui empruntent à taux négatifs ont tout intérêt à investir dans la transition écologique par exemple. Mais pas seulement. Les investissements publics dans les infrastructures et dans la Recherche et développement entraînent souvent les investissements privés dans leur sillage. Investir est donc urgent. Sans quoi, nous pouvons dire « au revoir » à la croissance pour un bon bout de temps.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.