Petit coup de grisou hier sur les marchés financiers : l’agence de notation Standard & Poor’s a mis sous surveillance la dette des Etats-Unis.

Précisément, S&P a abaissé à « négative » la perspective de la dette américaine. Concrètement, la note sera dégradée s’il n’y a pas bientôt un plan d’austérité. Encore plus concrètement, si la menace était mise à exécution, tous les taux de crédit grimperaient –ce qui est mauvais pour l’économie. C’est un coup de semonce qui a, avec les incertitudes sur la Grèce, miné les marchés. Paris a perdu 2,35%. Deux idées viennent à l’esprit. La première est que cette décision est un rappel à l’ordre mérité, tant la situation budgétaire américaine est mauvaise. Depuis des années, Washington et les marchés ont mis la tête dans le sable, le réveil est douloureux. La seconde réaction, plus mesquine, est de se dire que c’est un juste retour des choses, que cela va détourner l’attention de l’Europe ; bref que le malheur des uns va faire sinon le bonheur des autres –nous–, du moins les consoler. Disons-le : le premier sentiment est justifié, hélas pas le second.

La crise de la dette a donc retraversé l’Atlantique ? Pas retraversé, elle sévit encore ici ! Mais elle touche aussi les Etats-Unis. Leur déficit dépasse cette année 1.500 milliards de dollars, autour de 10% du PIB, deux fois plus que la moyenne européenne. Pour résumer, les Européens ont déjà lancé leurs plans de rigueur, l’Amérique n’a rien fait, elle a continué à mettre du bois par pelletées dans le poêle. Je conseille aux auditeurs d’aller voir, sur le site du FMI, un graphique en bleu et rouge tout simple, page 14 du rapport sur les Perspectives économiques. Il dit tout sur la situation des uns et des autres ! Si personne ne s’est vraiment intéressé à cette dette jusqu’à maintenant, c’est que la guerre en Irak explique beaucoup de choses et que les Etats-Unis ont toujours su éteindre le poêle quand il le fallait. Aujourd’hui, ce qui change est qu’il y a une impasse politique – Obama est en cohabitation. Le roi est nu !

Mais on a quand même l’impression que les marchés continuent de s’inquiéter plus pour l’Europe que pour les Etats-Unis. C’est vrai. Wall Street n’a baissé que d’à peine plus de 1%. Myopie formidable ou confirmation que les marchés ont un objectif politique, casser l’euro ? C’est en partie vrai. Mais ce que croient aussi les marchés est que la Grèce, le Portugal, n’arriveront jamais à rembourser leurs dettes –alors que les Etats-Unis, qui émettent la monnaie mondiale, le dollar, le pourront toujours. Ce qu’ils devinent aussi surtout est qu’il y a une connivence démentie mais implicite et réelle entre les Grecs et les Allemands, pour qu’à un moment ou un autre le secteur privé, en clair les banques, passent à leur tour à la caisse en participant au sauvetage. Cette « restructuration » ne serait pas illégitime, mais l’effet de domino serait violent pour les banques françaises.

Aucun heureux dans cette période ? Si ! De vrais gagnants : ceux qui ont de l’or. L’once a battu un record à près de 1.500 dollars. Un faux gagnant : l’automobiliste. Normalement, un dollar sous surveillance devrait baisser et faire baisser le prix des carburants. Mais comme la Grèce et le Portugal font plus peur aux marchés que les Etats-Unis, c’est l’euro qui a flanché hier. Vraiment une mauvaise journée !

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