L'idée d'un revenu universel, ou revenu d'existence, versé à tout le monde -adultes et enfants- sans condition et sans contrepartie, continue d'être discutée.

A tel point que le député Sirrugue, qui a remis hier à Manuel Valls son rapport sur les minimas sociaux, y a consacré une dizaine de pages. On sait que la Finlande va le tester en 2017 sur quelques habitants. On sait qu'un référendum est prévu en juin en Suisse -mais le Parlement national est contre. En réalité, il y a plus de bruit que de réalité concrète autour de ça, mais c'est vrai que le bruit monte. L'idée d'un revenu universel de quelques centaines d'euros à 1.000 euros par mois versé de la naissance à la mort à chaque citoyen qu'il travaille ou pas (cette idée) apparaît si simple qu'elle suscite -on le constate tous autour de nous- des discussions passionnées.

Elle témoigne selon vous d'une double angoisse et d'un combat.

La première angoisse est celle de l'avenir de l'emploi. Le chômage de masse et la transformation numérique de l'économie font qu'on peut se dire: il n'y aura pas d'emplois pour tous, assumons-le, et aidons à vivre (pas très bien, mais un peu) ceux qui n'en ont pas. Chacun choisit. La seconde angoisse, c'est celle de -si j'ose le mot- de la phobie administrative. Le système social est trop complexe, il y a dix minima sociaux en France, c'est un maquis, remettons tout à plat – table-rase, vive une seule allocation. Le combat, c'est celui contre le travail vu comme une aliénation profonde. Voilà comment se retrouvent des penseurs de gauche pour lutter contre la pauvreté et des libéraux -on va faire des économies de gestion.

Economiquement, qu'en penser ?

Il faut regarder de près parce qu'on ne veut pas passer à côté de l'invention du siècle ! Mais si c'est intellectuellement intéressant, ça ne tient pas la route en l'état des idées sur la table. Quel coût ? Une allocation de 500 euros par mois à 65 millions de Français, c'est 400 milliards d'euros par an. Si on ne touche pas aux retraites et à la santé, on ne voit pas où les trouver. Sur le fond, c'est injuste. Pourquoi celui qui se lève tous les matins pour aller à l'usine ou au bureau financerait ad vitam aeternam celui qui préfère rester chez lui? Par ailleurs, l'individualisation des aides sociales est un progrès: à chacun selon ses besoins. Au fond, le revenu de base risque d'être inutile à ceux qui n'en ont pas besoin et insuffisant pour ceux qui en ont besoin.

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