L’édito éco de Dominique Seux. C’est une information importante : pour la première fois, une personnalité publique défend l’idée d’une sortie de la Grèce de l’euro. Il s’agit de Valéry Giscard d’Estaing.

Oui, l’ancien président de la République a confié aux Echos son analyse de ce qui se passe entre la Grèce et l’euro. Et cette analyse repose en deux points : l’entrée de la Grèce dans l’euro en 2001 était une erreur ; et la Grèce ne peut pas de redresser ni appliquer le programme de Syrisa avec l’euro, elle doit dévaluer et retrouver sa liberté monétaire. Vous le voyez, on est loin des négociations assez illisibles qui ont lieu actuellement entre Athènes et les dix-huit autres membres de l’euro sur la signature ou non d’un nouveau chèque européen en contrepartie d’un certain nombre de réformes. Giscard, c’est clair et c’est cash !

Comment justifie-t-il sa position sur le plan économique ?

Que dit-il ? Oui, on peut soulager un peu la dette, mais ce n’est pas l’important. L’important, c’est que l’industrie grecque ne redeviendra jamais compétitive avec le niveau actuel de l’euro, a fortiori avec les mesures que préconise Alexis Tsipras, comme la hausse du Smic. Ce n’est pas la parité de l’euro avec le dollar qui est visé, mais le niveau auquel est entrée la drachme dans l’euro. Il faut dévaluer, et sortir la Grèce de l’euro calmement, quitte ce qu’Athènes revienne plus tard. Ce ne serait pas un drame ni pour la zone euro ni pour la Grèce.

Au passage, un détail : aucun aspect de règlement de compte dans cette prise de position ?!

Bon, VGE rappelle que c’est lui qui a fait entrer la Grèce dans l’Union européenne ; c’était en 1981. Mais c’est Chirac et Jospin qui ont fait rentrer Athènes dans l’euro en 2001. Et il souligne qu’à l’époque déjà, il était contre. Giscard-Chirac : une rivalité ancienne ! Passons.Au-delà, cet argument de l’euro trop fort pour la Grèce est valable ?C’est intéressant parce que ce qu’on entend la plupart du temps est qu’une sortie de l’euro serait pour la Grèce une catastrophe absolue, fuite des capitaux, effondrement de tout. C’est possible. Mais ce qui est absolument exact est de dire que l’impossibilité de dévaluer coince les pays faibles de la zone euro en période de crise. La dévaluation, dans le passé, a toujours donné un coup de starter et çà repart ; c’est artificiel et facile mais efficace. Or, en zone monétaire unie, la seule possibilité, c’est l’ajustement non pas externe, mais interne, par les prix, les salaires et la vraie compétitivité : c’est une dévaluation interne. C’est ce qu’ont fait l’Irlande, le Portugal, la Lettonie et l’Espagne. Alors, que penser de tout çà ? Que si le risque de contagion n’avait pas existé en 2010, la Grèce aurait dû logiquement sortir de l’euro quitte à revenir maintenant.

Au total, la position de Giscard paraît cynique, c’est pourtant la conséquence logique de l’affrontement entre l’état d’esprit d’un côté de 18 pays européens, de gauche et de droite, et de la Grèce de l’autre.

Au total, la Grèce sortira-t-elle de l’euro ?

Je ne crois pas. Politiquement, tout le monde veut croire comme d’habitude que la bonne vieille tactique de Kissinger, celle des compromis à l’ambiguïté constructive, permettra de gagner du temps. Mais la question mérite au moins d’être posée.

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