**Hier, la concurrence entre les deux grandes entreprises françaises du secteur de l’énergie, EDF et Areva, a franchi une nouvelle étape.Oui, je crois en fait que la vérité est plus crue : c’est devenu un conflit qui a pris une forme publique surprenante et incongrue de la part de deux entreprises dont l’Etat est le patron indirect et dans un domaine aussi sensible pour l’opinion que le nucléaire. Cela fait des mois qu’EDF, qui fait tourner les centrales et produit l’électricité, et Areva, qui fournit ces centrales en uranium et retraite les déchets, sont à couteaux tirés. Des mois que, côté EDF Pierre Gadonneix puis Henri Proglio, et côté Areva Anne Lauvergeon, se répandent en mots pas très doux les uns sur les autres. Cela fait des mois mais, cette fois, il y a une marche de plus. Dans le nucléaire, il y a une équipe de France qui a tout pour gagner, mais là c’est Zidane qui donne un coup de tête à son meilleur coéquipier ! Alors que s’est-il passé précisément hier ?Acte 1 : Anne Lauvergeon déclare tôt le matin qu’EDF ne lui livre plus l’uranium brûlé, les déchets, qui sortent des centrales et qu’Areva doit retraiter dans son usine de La Hague. En cause, un différent qui traîne depuis longtemps sur le coût et les volumes de ce retraitement – il s’agit quand même de 1.000 tonnes par an. Acte 2, 90 minutes plus tard : EDF indique à l’AFP qu’Areva, peut-être par rétorsion, n’a pas livré, pendant deux semaines au début du mois, le combustible pour alimenter ses centrales, à l’entrée donc. Acte 3, quinze minutes après, Areva dément, donc on ne sait pas si c’est vrai. Acte 4 : dans « Le Monde », vers 12 heures, Anne Lauvergeon met en cause le « rêve » je cite son mot, d’EDF dans le nucléaire. Vous voyez le film … Ça, c’est le film, mais pourquoi ce jeu d’acteurs ?En fait de film, cela fait plutôt cour de récréation. Depuis longtemps, il y a une rivalité entre EDF et Areva pour prendre la tête du nucléaire en France et à l’export. Or l’automne a été très dur pour Areva qui a des difficultés avec son EPR en Finlande, qui a perdu juste avant Noël un gros contrat à Abbou Dhabi face aux coréens et alors qu’Henri Proglio conteste sa stratégie. Hier, Anne Lauvergeon a contre-attaqué, en expliquant que l’échec d’Abbou Dhabi est collectif, notamment parce qu’EDF est venue tardivement appuyer le camp français – ce qui est vrai. Sur le fond, c’est une divergence de stratégie sur le modèle dit « intégré » d’Areva, dont les compétences sont très larges. Tandis qu’Areva reproche à EDF de travailler avec d’autres opérateurs que lui. EDF qui a aussi ses difficultés : selon « Le Figaro » de ce matin, son chantier de l’EPR de Flammanville ne serait pas terminé avant 2014 au moins, avec deux ans de retard. L’Etat ne remet pas du calme ?Il soutient EDF, mais il doit tenir compte du fait que dans la durée, Areva est une vraie réussite qui a un carnet de commandes plein et qu’Anne Lauvergeon a un charisme assez exceptionnel. Elle serait difficile à remplacer. Ce qui est sûr, c’est que si l’étalage de ces divisions continue, ce serait – pour reprendre l’image du football – de toute évidence mettre des buts contre son propre camp. Quelqu’un doit siffler la fin de la partie ou les joueurs rentrer au vestiaire.**

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