Hier, on a eu trois informations sur le moral des Français. Trois informations qui n’ont a priori rien à voir mais dont nous allons tenter la synthèse !

Je prends un risque, parce que la règle d’un éditorial, c’est d’avoir un seul message à partir d’un seul événement connu de tous.

Trois événements, c’est beaucoup. Après ce préambule, les informations.

La première est le record battu par la natalité en 2010, qui témoigne d’une confiance dans l’avenir. La France a gagné 10 millions d’habitants en trente ans.

La deuxième, c’est le record battu par les créations d’entreprise –plus de 600.000.

La dernière, ce sont les résultats troublants d’un sondage TNS Opinion pour la Fondation pour l’innovation politique, auprès de jeunes de 16 à 29 ans de 25 grands pays. Ce sondage montre que si les jeunes Français sont parmi les plus heureux au monde de leur vie personnelle, ils sont aussi les plus négatifs au monde sur leur propre pays et la mondialisation. Voilà un sacré paradoxe.

Comment expliquer ce paradoxe ? (Faire des bébés et, dans le même temps, voir le monde en noir ?) La première hypothèse conduit à relever que les jeunes sont des Français comme les autres. On connaît la contradiction entre notre optimisme sur ce qui nous touche personnellement et notre pessimisme sur ce qui touche notre environnement. Entre l’envie d’enfants ou de créer sa propre activité et l’inquiétude générale. Bonheur autour du cocon individuel, peur collective : rien de nouveau et l’explication sociologique est très au-dessus de ma condition. La seule chose sûre est que l’économie confirme cette schizophrénie : les Français sont persuadés que leur niveau de vie baisse mais la consommation reste depuis dix ans le moteur le plus solide de la croissance. L’inquiétude n’empêche pas d’agir !

Une autre hypothèse concerne notre lien avec l’avenir. La natalité, la création d’entreprise expriment une envie, un "désir d’avenir", immédiats. Mais, en même temps, les Français ne savent pas ce que réserve l’avenir parce qu’ils ne savent pas si la France va rester dans la course. Le sondage est impressionnant. Quand on demande aux jeunes Français si l’avenir de la France est « prometteur », les trois quarts disent « non ». 82% des Chinois disent oui. Sur vingt-cinq pays, les jeunes Français sont parmi les trois les plus sombres au monde sur la globalisation économique. La peur du monde qui change est stupéfiante.

Dernière hypothèse, c’est notre rapport à ce qui est collectif, en clair au politique. La natalité s’explique aussi par les politiques publiques (allocations, crèches, scolarisation précoce). Le succès de l’auto-entrepreneur s’explique à l’inverse par le désarmement de l’Etat, qui a simplifié, allégé, accéléré les procédures. Cet Etat-là est plébiscité, concret, proche. En revanche, le scepticisme des jeunes Français vient des dysfonctionnements collectifs, de l’action publique, dont ils sont victimes sur l’emploi, l’éducation, le logement. On a beaucoup de jeunes, mais on ne leur laisse pas de place.

Comment faire en sorte que les jeunes fassent des bébés ET aiment la France et le monde ? Les atouts sont là. Mais il faut les convaincre que la France prépare leur avenir à eux aussi. Ils n’ont pas de raison d’en être sûr quand ils voient qu’elle est, certes, la première sur les naissances, mais aussi, ce n’est qu’un exemple, la dernière à faire la réforme des retraites.

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