Vous revenez sur les résultats du sommet social, notamment sur la question du coût du travail.

Il faut être honnête : le feu roulant d’annonces a peu convaincu, entre décisions techniques déjà actées, grandes décisions à venir (la TVA) et évocation bizarroïde de réformes théoriquement déjà faites mais relancées comme la formation professionnelle. Il faut être honnête : les réactions ont été convenues aussi entre ceux qui approuvent les projets et le moment, les projets mais pas le moment, et ni les projets ni le moment ! En revanche, il y a un sujet à évoquer : le coût du travail. Dire que ce ne n’en est pas un, comme l’ont dit hier certains syndicats et le PS, est quand même étonnant – que l’on soit d’ailleurs plutôt TVA sociale, CSG sociale ou rien du tout. Comme sur le temps de travail, il y a des réalités qu’il est apparemment interdit d’évoquer. Ce n’est pas le seul sujet, peut-être pas le principal (les produits) mais c’est un sujet.

Les chiffres ne sont pas très clairs, si ?

On peut les discuter à l’infini, mais on peut constater trois choses simples. Jean-Louis Beffa, Saint-Gobain, et Louis Gallois, patron d’EADS, sont venus à ce micro dire que le coût du travail était plus élevé en Allemagne qu’en France (notamment pour les cadres) – ce ne sont pas des suppôts de l’ultra-libéralisme. Autre élément : l’été dernier, patronat, CFDT, CFTC et CGC ont signé un document qui relève (je cite) une « dégradation depuis dix ans de la compétitivité du coût salarial en France par rapport à la moyenne de la zone euro ». Par rapport à l’Allemagne, la dégradation est de 20% dans l’industrie. Au total, le coût horaire est aujourd’hui grosso modo identique entre les deux pays, mais il était moins élevé ici avant, et il est plus élevé qu’en Grande-Bretagne, en Italie. Dernier élément : le taux de cotisations sociales est deux fois plus haut en France qu’en Allemagne.

Mais avant même de comparer, a-t-on une idée nette du coût du travail ici même ?

Non ! Et on peut lancer une idée concrète. Si vous prenez votre feuille de paie, vous connaissez votre rémunération brute, votre salaire net, mais vous n’avez – nous n’avons – pas une idée précise du coût du travail tout compris. Les chiffres sont là mais pas les additions. Or, une entreprise qui verse 2.000 euros nets à un salarié doit sortir de sa caisse 3.700 euros ; 10.000 euros, c’est 19.000 euros. Une présentation claire permettrait de mesurer les dépenses sociales que chacun finance, ce qu’il coûte à son employeur mais aussi ce que son travail rapporte à l’entreprise.

C’est donc important ?

Ecoutez, une étude récente de l’Ecole des Mines relève que, depuis trois ans, tous les producteurs de batteries pour automobiles (13 millions d’unités par an) ont quitté la France ou déposé leur bilan. Et pas pour la Chine. Varta a transféré ses activités vers l’Allemagne et l’Espagne, Excide-Fulmen vers l’Espagne et la Pologne. Le coût du travail n’est pas la seule raison sans doute, mais, oui, c’est un sujet.

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