Les propositions de Jean-Paul Delevoye sur les retraites sont sur la table. Est-ce que sa réforme peut passer ?

Jean-Paul Delevoye, haut commissaire à la réforme des retraites
Jean-Paul Delevoye, haut commissaire à la réforme des retraites © AFP / Kenzo TRIBOUILLARD

Le candidat Emmanuel Macron avait promis en 2017 un système universel de retraite plus juste, à la place des 42 régimes actuels.

Jean-Paul Delevoye a fait de cette promesse qui tenait en quelques lignes un vrai projet, bien bâti, cohérent. L’ancien ministre de Jacques Chirac s’est aussi efforcé de déminer les sujets qui fâchent.

Mais trois raisons risquent de faire exploser la réforme en vol : pas assez d’argent, trop de perdants et trop peu de confiance. 

Commençons par l’argent

C’est toujours la même histoire : à chaque fois, on nous promet que le système de retraite va être enfin équilibré et après on est déçu. La croissance est moins forte que prévu, le chômage plus élevé, et au bout du compte il manque de l’argent. 

Cette fois, il va falloir économiser 10 milliards d’euros à horizon 2025. Or pour faire une réforme qui répare des injustices, c’est plus facile quand il y a de l’argent en caisse, pour donner davantage aux plus défavorisés sans ponctionner les autres. 

Faute d’argent, il risque donc d’y avoir beaucoup de perdants…

Or les perdants s’opposent farouchement à la perte, alors que les gagnants sont beaucoup plus discrets. C’est une règle générale observée bien au-delà des retraites, quand il s’est agi par exemple de remettre en cause les positions acquises des chauffeurs de taxi, des moniteurs d’auto-école, des notaires ou des cheminots. 

Sauf que là, il risque d’y avoir non pas des dizaines de milliers de perdants, mais des millions. Des perdants qui devront passer deux années supplémentaires au travail : l’âge auquel on pourra partir sans être financièrement pénalisé passerait de 62 à 64 ans. 

Or c’est un sujet sur lequel les Français sont ultrasensibles, même s’ils partent à la retraite plus tôt que la plupart de leurs voisins.

Et la confiance ?

Elle est essentielle pour réussir une réforme des retraites. Car la retraite, c’est une promesse de revenus lointains. 

Or les Français n’ont pas confiance. 80% d’entre eux estiment par exemple que leurs enfants auront moins d’argent qu’eux. Dans les vingt-sept pays où les sondeurs du Pew Research Center ont posé la question, c’est la proportion la plus élevée. 

Et cette défiance est nourrie par les politiques. Contrairement à ce qu'Emmanuel Macron avait promis, une bonne partie des pensions de retraite augmentent moins vite que l’inflation cette année et l’âge de départ va être retardé. Le passage de la réforme risque d’être rock and roll. 

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