Vous nous parlez ce matin, de la situation des chemins de fer grecs. Expliquez-nous pourquoi !

L’actualité immédiate, c’est bien sûr la formation du gouvernement grec et les discussions avec l’Europe sur l’austérité. Le gouvernement, ça devrait être aujourd’hui, on en reparlera. Or, deux éléments justifient de parler des chemins de fer grecs. D’abord, un économiste astucieux et spécialiste des Transports, Rémy Prud’homme, a examiné de près leurs comptes à partir de documents tout à fait officiels et ils illustrent incroyablement les dérives d’un système. La responsabilité n’est, disons-le, pas seulement grecque : c’est aussi celle de l’Europe. Autre point, la SNCF a découvert, révèle mon confrère Lionel Steinmann, que si la situation de ces chemins de fer s’aggravait encore - en clair s’ils tombaient en faillite -, cela coûterait à la société française 200 millions d’euros à cause d’un système international de solidarité. Tout cela est concret, bien éloigné des postures toutes faites.

Quelle est la situation ?

Le réseau grec, ce sont 2.500 kms de voies qui assurent une part minuscule des transports terrestres. C’est surtout un réseau dont les recettes s’élevaient il y a trois ans - avant la crise proprement dite - à 100 millions d’euros par an, alors que les dépenses, elles, atteignaient … un milliard d’euros. En gros, chaque fois qu’un voyageur qui prenait le train payait 5 euros et la collectivité en supportait 45. Comment ? L’Etat fait les fins de mois et la compagnie, OSE, s’est endettée à hauteur d’environ 10 milliards d’euros !

Comment s’explique ce désastre ?

Ce déficit extravagant vient d’une masse salariale disproportionnée, avec des cheminots dont le salaire était plus élevé que le salaire moyen dans les universités françaises, a calculé l’économiste... Et naturellement, la dette roule et coûte fort cher. Et c’est là que l’Europe entre en jeu : elle a encouragé des investissements presque indolores sur le moment grâce au taux d’intérêt bas de la zone euro, mais en réalité sans avenir, en tous cas peu rentables - comme la ligne Athènes/Sofia et un gigantesque projet Patras-Athènes-Thessalonique de trois milliards d’euros.

Quelle conclusion ?

Depuis un an, la masse salariale, sous la pression des prêteurs, a été divisée par deux et des lignes non rentables ont été fermées. Une privatisation est en route, les russes et les roumains seraient intéressés. Tout cela est un véritable gâchis. La conclusion est que le chemin sera long et difficile. Mais l’Europe ne peut pas être accusée de tous les maux non plus : elle a par exemple financé, par des dons ou des prêts, 85% du métro d’Athènes, qui dépasse 4 milliards.

Dernier point : votre journal, Les Echos , révèle deux mesures fiscales d’ores et déjà décidées par le gouvernement.

Mesures qui font penser à la « guerre à la finance » promise pendant la campagne. Une taxe de 3% sur tous les dividendes reçus par les actionnaires va être créée et la taxe sur la transaction financière va être alourdie. Au total, plus d’un milliard d’euros.

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Le blog de Dominique Seux

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