Vous évoquez ce matin un sujet qui concerne les autoroutes. Le gouvernement a obtenu des sociétés d’autoroutes qu’elles financent près de 4 milliards d’euros de travaux contre un allongement de leurs concessions.

Frédéric Cuvilliez, secrétaire d’Etat aux Transports, a rencontré vendredi la commission européenne pour lui soumettre le projet sur lequel il travaille depuis deux ans : les sociétés d’autoroutes vont réaliser, à leur charge, pour 3,6 milliards d’euros de travaux nouveaux qui créeront des emplois. Cela ne coûtera donc pas un euro à l’Etat. En échange, ce dernier allongera la durée de leurs concessions. Concrètement, une vingtaine d'opérations sont prévues en France : travaux de sécurisation, parkings relais pour les routiers, parkings d'auto-partage, bretelles entre autoroutes et réseau secondaire. Eh bien, en voyant cela, on a été saisi d’un doute : est-ce vraiment une bonne opération pour l’Etat et les usagers ? On croyait benoîtement que les travaux devaient être financés par les péages. Et on se souvient que la Cour des comptes a publié l’été dernier, un rapport au vitriol sur les augmentations excessives des péages ; et on sait que l’Autorité de la concurrence travaille sur le sujet.

Le gouvernement, j’imagine, a pris des garanties ...

Il le dit. Des garanties pour éviter que les sociétés d’autoroutes, privatisées depuis 2006, n’aient le beurre et l’argent du beurre : des péages qui augmentent chaque année plus que l’inflation et des concessions qui s’allongent indéfiniment. Les pouvoirs publics ont d’abord exigé que la rentabilité des projets soit moins élevée que les sociétés ne le voulaient. Des sociétés bien connues des automobilistes : la Sanef, APRR, Aréa et ASF. Il a ensuite exigé que les PME du BTP aient une grosse part des marchés de travaux. Pour le reste, il explique que seul l’entretien est financé par les péages, il faut de l’argent pour financer les gros travaux ; comme ce sont les actionnaires des sociétés d’autoroutes qui mettent la main à la poche, ils ont droit à une contrepartie, des concessions allant jusqu’en 2032 au moins.

Mais je ne vous sens pas très convaincu !

Ecoutez, non. Sur le papier, le système est convainquant et nos autoroutes sont belles et entretenues. Mais il y a deux problèmes. Quand les sociétés d’autoroutes ont été vendues par le gouvernement Villepin, elles l’ont été à des géants du BTP, Vinci et Eiffage. Ces entreprises dont l’activité est cyclique ont un intérêt formidable à avoir des revenus réguliers – les péages. Mais dans leurs discussions avec l’Etat sur le niveau de ces péages et le coût des travaux, la partie est inégale puisque les travaux sont faits par elles. Les autoroutes ont réalisé un bénéfice de deux milliards pour un chiffre d’affaire de huit ! Chapo. Le second problème, justement, est que l’Etat a perdu son expertise sur ces sujets, le prix d’un km d’asphalte, d’un pont, les gains du télépéage. Bref, il est tout nu. Tous ceux qui trouvent que l’Europe est inutile doivent savoir que c’est Bruxelles qui dira, dans les mois à venir, si les intérêts de l’Etat et des usagers ont été bien défendus.

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