Il y a quarante ans jour pour jour avait lieu le premier tirage du Loto. Un anniversaire intéressant sur le plan économique.

Oui, c'était le 19 mai 1976 au théâtre de l'Empire à Paris et d'ailleurs ce jour-là personne n'a coché les bons numéros et n'a donc remporté le jackpot. Un mauvais départ qui n'a pas porté malchance au jeu, auquel ont participé l'an dernier 17,4 millions de Français -avec un tirage toujours diffusé sur TF1. Si le Loto et plus largement les jeux de hasard du même type sont intéressants, c'est pour trois raisons. La première est la place qu'ils ont pris dans la société française. Le chiffre d'affaire de la Française des Jeux dépasse les treize milliards d'euros, ce qui veut dire que les Français y consacrent autant d'argent que pour acheter des fruits et légumes -quand même, ou si vous voulez autant que pour l'aquisition de meubles et autant encore – et là mon coeur saigne un peu- que pour l'ensemble du poste presse livre et papeterie. Si vous rajoutez le PMU et les casinos, c'est une activité qui pèse économiquement très lourd.

Deuxième point d'intérêt ?

Evidemment, la Française des Jeux ne le dit pas trop, mais le Loto et tous ses amis sont des impôts qui ne disent pas leur nom. La société détenue par l’État a reversé plus de trois milliards d'euros au Budget de l’État l'an dernier, bien plus qu'EDF par exemple. C'est l'entreprise publique la plus rentable, une vraie vache à lait. Si je cherchais la petite bête, j'ajouterais que c'est sur le plan de la technique fiscale, le Loto est un cas : c'est un impôt non pas progressif, mais régressif, puisque ce sont les catégories sociales les plus modestes qui jouent le plus et donc qui paie le plus d'impôt. Bref, l'anti ISF !

Dernier point ?

La France est en crise, les Français n'ont pas le moral, mais le chiffre d'affaire de la Française des Jeux progresse insolemment d'année en année. Sur le plan purement intellectuel, il est paradoxal que l’État contrôle et bénéficie d'une activité en vertu de laquelle une grande masse de perdants enrichissent quelques gros gagnants. Et non pas sur un principe méritocratique. Vous me direz, c'est une redistribution démocratique : tout le monde a sa chance. Je répondrai que l’État laïc contribue à l'illusion d'une réussite miraculeuse et que c'est troublant.

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