Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne, estime que les règles budgétaires ne sont plus d'actualité, et pas seulement pendant la crise sanitaire devenue économique.

La banque centrale européenne, on ne va pas se le cacher, n’est pas l’institution que l’on regarde le plus en cette période de crise sanitaire et économique. Tant qu’il n’y a pas -justement- de drame économique sur les finances d’un pays ; tant que la Grèce hier l’Italie aujourd’hui ne sont pas au bord du gouffre, nous on regarde de loin ses mécaniques ultra-techniques. On a tort. On a tort parce que la BCE joue un rôle essentiel. Pour maintenir l’euro : on a entendu 1.000 fois depuis 21 ans qu’il allait exposer, et il est toujours debout. Un rôle essentiel pour que les entreprises et les ménages bénéficient de taux d’intérêt supportables. Un rôle essentiel pour faire circuler du sang neuf monétaire quand le corps économique est flagada comme aujourd’hui. Hier, Angela Merkel et Emmanuel Macron se sont mis d’accord sur un fonds de relance de 500 milliards d’euros -ce sera le sujet de l’édito de Pierre Haski- qui seront dépensés sur dix ans. C’est une excellente nouvelle (vraiment). Mais qui sait que la BCE a déjà racheté depuis le 1er mars pour 300 milliards de dettes publiques et privées ? J’entends d’ici les spécialistes protester de cette comparaison. Ils ont raison. Mais la BCE agit vite. Et demain ? Dans une interview à quatre médias européens dont Les Echos, Christine Lagarde explique sa stratégie. Elle est prête à aller plus loin s’il le faut (le dernier bazooka, ce sont 750 milliards) pour limiter une récession attendue à 15% au 2ème trimestre. Elle demande aux Etats de faire leur part du job sur la relance. Et elle entérine le décès le Pacte de stabilité, qui limite la dette des Etats à 60% de leur PIB et les déficits publics à 3% du PIB. 

C’est un virage !

C’est un virage a priori mineur : ce Pacte a sauté depuis deux mois. Mais il est en réalité majeur car Lagarde parle de l’après-crise. Avant de réappliquer un Pacte, il faudra le changer. C’est une position défendue par le FMI dont elle a été la directrice générale à Washington. En clair, il faudrait des règles moins arithmétiques et plus intelligentes, moins mathématiques et plus économiques. On verra comment cette déclaration est entendue à Berlin, où les juges de la Cour suprême tordent le nez et où Angela Merkel a déjà décidé de tordre le bras à une partie de son opinion avec une dette commune en Europe. Ce ne sont plus les lignes qui bougent, c’est la terre qui change de sens à cause ou grâce -chacun choisira- d’un petit virus.

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