Après le discours de Villepinte de Nicolas Sarkozy il y a une semaine, François Hollande a développé, samedi à Paris, sa vision européenne devant les socialistes européens. On y voit plus clair ?

Partiellement. A croiser ces deux discours, disons qu’on y trouve de la ferveur - tant mieux - mais aussi du flou et parfois aussi peut-être du faux - là, c’est dommage. La ferveur concerne l’engagement européen. Samedi, François Hollande a développé un long hommage à l’Europe – un beau texte d’ailleurs. Nicolas Sarkozy, lui, a prouvé qu’il était européen, pendant la crise financière, pendant la crise grecque - on oublie un peu vite que c’est lui qui a rattrapé Angela Merkel par la manche à chaque fois qu’elle a voulu lâcher les pays en difficulté. Donc, oui, il y a la confirmation de l’engagement européen.

Mais il y a du « faux » aussi ?

Des deux côtés d’ailleurs. Nicolas Sarkozy ne peut pas faire croire qu’il serait prêt à rétablir les postes-frontières avec les douaniers à Strasbourg, à la frontière belge, à Vintimille et à Hendaye en suspendant l’application de Schengen. Ce serait un retour en arrière gigantesque qu’au minimum la génération de moins de 40 ans regarderait stupéfaite ! Pas crédible.

Et du côté de François Hollande ?

L’ « affaire » de la renégociation du Traité européen du 2 mars sur la rigueur prend une drôle de tournure. Plus les jours passent, plus il insiste sur la renégociation du pacte pour injecter de la croissance. Or, samedi, les sociaux-démocrates européens ne l’ont pas vraiment soutenu, ils ont parlé vaguement d’un complément ; il n’y a d’ailleurs pas eu de « déclaration de Paris », comme envisagé. Les socialistes allemands n’ont pas l’intention de bloquer à Berlin la ratification du texte. Difficile aussi de demander au premier ministre socialiste belge Elio Di Rupo de se renier.

Et sur le fond ?

Oui, la croissance est importante. Qui pense le contraire ? Personne. Mais regardons : le traité exige une baisse du ratio sur la dette publique d’un vingtième par an et la limitation du déficit public structurel (hors conjoncture) - ce n’est pas l’horreur absolue que l’on décrit souvent. Oui, l’Europe doit travailler à la croissance, mais imaginer que la Banque européenne d’investissement et des emprunts européens pour construire des ponts ou des éoliennes pourraient avoir un effet miraculeux à court terme est étrange. Le PIB de la zone euro, c’est 9.000 milliards d’euros par an. Vous voyez ce qu’il faudrait mettre sur la table pour un point ! La croissance, on ne peut pas biaiser, c’est ici d’abord qu’il faut la trouver.

De la ferveur, peut-être du faux, mais aussi du flou disiez-vous ?

On ne sait pas la vision des deux principaux candidats sur l’Europe demain (son organisation). Celle de Nicolas Sarkozy n’est pas connue, au-delà de sa capacité de réaction. Samedi, François Hollande, lui, n’a pas dit un mot sur la gouvernance spécifique de la zone euro. C’est là-dessus qu’il faut parler à l’Allemagne, avec ferveur.

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