Vous revenez ce matin sur le « méga » contrat remporté par Airbus en Indonésie et annoncé à gros roulements de tambours.

Oui, 234 avions, presque 20 milliards d’euros, un record. On y revient parce qu’il est riche d’enseignements mais aussi de questions. Sur le plan politique, mon petit doigt me dit que Thomas Legrand abordera cette opération de communication de François Hollande. Disons juste qu’il est curieux que l’Etat, qui n’est strictement pour rien dans ce contrat, se mette autant en scène. Les plus critiques diront que la ficelle est aussi grosse qu’un Airbus. Les plus bienveillants diront : c’est une faiblesse classique de nos gouvernants.

Une anecdote vous a frappé…

Elle révèle hélas nos valeurs en France. L’Elysée, pour appâter le chaland et le journaliste, a fait du teasing dès dimanche soir en promettant un énorme accord industriel - industriel, cela fait lourd, structurant ; en fait c’est un accord commercial, de vente d’avions ; commercial, c'est donc considéré comme moins noble. Ce n’est pas moins noble.

Venons-en à l’économique : quelles leçons ?

La première est que la façon dont l’Elysée a accueilli à bras ouverts cette commande est un hommage à la mondialisation. Ce contrat avec une compagnie dont tout le monde ignorait le nom, Lion Air, est l’occasion de constater le décollage incroyable de l’Asie - et pas seulement de la Chine. En Indonésie, on comptait, en 2000, huit millions de passagers sur les vols domestiques ; l’an dernier, 60 millions d’Indonésiens ont pu se payer un billet.

Et vous en tirez comme conclusion que… ?

Si on compare ce cocorico d'hier et certains cris d'effrois de ces derniers mois, il y a donc d’un côté la bonne mondialisation, quand des étrangers nous achètent des avions ; et de l’autre côté, il y a la mauvaise mondialisation, celle qui permet aux investisseurs étrangers d’ouvrir des usines en France, mais qui leur interdit d’en fermer à Florange ou à Amiens chez Goodyear. Etrange pays que le nôtre !

Deuxième leçon sur cette compagnie Lion Air ?

C’est au moins une question. Lion Air est sur la liste noire européenne, la liste des compagnies sur lesquelles nous sommes incités à ne pas voler. N’est-il pas étrange de lui vendre des avions même si elle ne dessert pas l’Europe ? En tous cas, General Electric qui fournit les moteurs d’avion des A320 avec le français Safran, aurait refusé de fournir Lion Air.

Dernière leçon ou question : y-a-t-il une bulle spéculative sur les avions ?

Il faut savoir qu’Airbus a en commandes pas loin de 5.000 avions, presque neuf années de production. Les chaînes de production ont du coup du mal à suivre, notamment chez les sous-traitants. Il faut être sûr aussi que les clients ne se casseront pas la figure. Sur cette durée, avec des compagnies toutes jeunes, c’est plus imprévisible. Donc, une certaine prudence est nécessaire, surtout que la bataille avec Boeing, on s’en doute, créé une guerre des prix. Mais attention, au total, ce contrat est évidemment une bonne nouvelle. Paris et Berlin cherchent d’ailleurs comment créer d’autres EADS dans l’énergie propre ou les transports. Excellente idée et s'ils réussissent, les politiques pourront, la, s'en vanter à juste titre.

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