La Commission européenne a publié hier une analyse du retard européen dans la haute technologie face à une Chine qui progresse chaque jour.

C’est un document tout à fait nouveau dans son approche face à la Chine qui a été publié hier par un centre de recherche de la Commission de Bruxelles. Preuve que le traumatisme a été important, il est titré : quel nouvel équilibre entre ouverture et protection pour la politique industrielle après l’affaire Alstom-Siemens – après le refus, justement, de cette fusion. Protection, le mot y est, et s’il nous paraît évident, il est inhabituel à Bruxelles. 

Ce document titre la sonnette d’alarme sur une Chine qui constitue à toute vitesse des géants de très haute valeur ajoutée dans tous les domaines (on ne parle pas de fabrication de teeshirts), géants face auxquels l’Europe aligne peu de forces. C’est une menace formidable sur les chaînes de valeur ajoutée européennes alors même que la Chine ne s’ouvre pas à nos champions, ou plutôt fait semblant. 

Concrètement, quoi de neuf ? 

  • La Chine pèse la moitié du marché des voitures électriques et domine celui des batteries, ça on le sait. 
  • On sait aussi que sur les panneaux solaires, sept des dix premiers industriels mondiaux sont chinois : aucun n’est européen. 
  • Mais le tableau général est plus saisissant encore. Sur les 50 plus grosses entreprises technologiques au monde, les plates-formes numériques, les 5 premières en termes de capitalisation boursière sont américaines (Microsoft, Apple, Amazon etc.), les 4 suivantes sont asiatiques (Tencent, Alibaba, Samsung etc.), puis il y a l’allemand SAP, encore des américaines, et le deuxième Européen (le suédois Spotify) est 32ème. 

Au total, sur 50, 22 Américains, 22 Asiatiques, 5 Européens. Puis-je davantage marquer les esprits ? Oui, je le peux ! Dans la tech, les Américains prennent 70% des parts de marché, les Asiatiques 27%, les Européens 3%

Un bilan sur les dépôts de brevets va, ce mardi matin, dans le même sens et montre comment les pays asiatiques écrasent l'Occident dans la course à l'innovation.

Est-ce dramatique ? Oui, c’est dramatique si on considère la place considérable de la technologie, aujourd'hui et demain, avec l'intelligence artificielle. Nous nous excitons sur la taxation des GAFA, c’est bien, mais c’est aussi faute de mieux - ils les créent, nous les taxons.

Pourquoi l’Europe est-elle si faible ? C'est l’absence d’idées, de travail, de capitaux, de soif de puissance et d’un marché européen unifié qui constituerait une base de lancement. 

Et pendant ce temps, jeudi, l’Italie sera le premier pays du G7 à rejoindre les Routes de la Soie, le gigantesque projet chinois qui doit relier les ports, les routes et les chemins de fer. La Chine est très éveillée, et l'Europe a de quoi trembler.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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