**Les Européens doivent en principe choisir ce soir leur président pour deux ans et demi.La fumée blanche s’élèvera peut-être ce soir au dessus de Bruxelles mais l’essentiel est de savoir dans quelle direction elle ira ensuite. Derrière le petit jeu pour parier sur le nom qui sortira du chapeau, derrière la procédure invraisemblable de la sélection – pas de candidat déclaré, pas de grand oral, pas de cahier des charges – derrière tout cela, il importe en effet de reposer le problème à l’endroit. A l’endroit, cela veut dire que le point de départ est la nécessité d’avoir une Europe forte dans les années qui viennent, et d’abord sur le plan économique, son cœur de métier. La crise a montré que les chocs n’étaient plus nationaux mais mondiaux, que s’ils partent d’un pays, ils peuvent s’étendre à tous. Et le constat est clair : face à ce choc, l’Europe s’est révélée mal organisée ; c’est parce qu’il y avait un grand pays, volontariste, la France, à sa tête, que l’on n’a pas couru à la catastrophe. Or, d’autres chocs sont probables. Quels chocs ?Par exemple monétaires. On pense à la parité euro-dollar, ou avec la Livre sterling sujets sur lequel la voix européenne manque. On pense aux tensions possibles à l’intérieur de la zone euro. Après tout, l’Espagne s’est hyperendettée parce que les taux d’intérêt européens étaient très faibles alors que ses prix à elle flambaient. La crise a aussi démontré que les Etats étaient mortels, qu’ils pouvaient presque tomber en faillite : des ex-pays de l’Est ont dû être secourus et l’Irlande et la Grèce ne sont pas tirées d’affaires. La solidarité jouera-t-elle toujours ? Et puis, il y a les chocs migratoires ou encore la pression de la Russie sur l’approvisionnement en gaz. A chaque fois, l’Europe aura besoin d’une colonne vertébrale et d’un leadership. Où doit être cette colonne vertébrale ?Longtemps, elle a été à la Commission, qui a pouvoir d’initiative et vision d’ensemble. Mais elle a été dramatiquement absente pendant la crise et, pour beaucoup d’Européens, son action se résume, à tort mais c’est ainsi, à des prières et des moulinets sur les déficits publics et la baisse du prix des SMS. La colonne vertébrale est donc repassée au niveau intergouvernemental. C’est ce qu’on a vu pendant la crise, c’est la voie qu’ouvre ce nouveau président. Mais pour incarner l’intérêt général européen, il faudrait nommer une personnalité forte, capable d’assurer continuité et visibilité. A l’extérieur mais aussi à l’intérieur : un président de l’Union doit parler à la Banque centrale européenne aux côtés de l’Eurogroupe pour discuter de politique économique. Ce n’est pas ce qui se prépare ?Non, sauf surprise, et l’argument ressassé dans les capitales selon lequel une période de rodage avec un président en demi-teinte est normale, cet argument ne tient pas : nous ne sommes pas en période normale et l’Europe a besoin d’un président fort. Afin de ne pas avoir seulement, pour reprendre la célèbre formule de Kissinger, un numéro de téléphone mais pour que quelqu’un ait envie de le composer.**

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