Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, annonce dans Les Echos, votre journal, la relance du projet d’une grande réforme fiscale. Faut-il y croire ?

Il n’utilise pas le mot, il parle d’une remise à plat du système fiscal, mais c’est bien l’idée et c’est une idée a priori courageuse. Les impôts sont trop compliqués, trop peu lisibles, pas assez justes dit-il - et tout le monde est d’accord -, et Jean-Marc Ayrault ouvre en grand ce débat qui pourrait aboutir, au moins en partie, dans le budget 2015. Rien n’est tabou : la fusion entre la CSG et l’impôt sur le revenu sera par exemple sur la table. Concrètement, les partenaires sociaux vont être reçus à Matignon, tandis que les parlementaires de droite et de gauche vont être consultés aussi. Ce n’est pas tout : la remise à plat concernera les dépenses publiques, dit le Premier ministre. Qui chiffre les économies d’ici 2017 à 60 milliards d’euros au minimum. Comme 15 milliards ont déjà faits dans le budget 2014, si on calcule bien, il reste 45 milliards à trouver !

Ces annonces, c’est un peu une surprise, non ? Vous voulez rire, pas du tout un peu ; c’est totalement une surprise ! Récemment, Pierre Moscovici, le ministre des finances, écartait cette idée. En fait, le pouvoir, au plus bas dans les sondages, peut théoriquement jouer trois cartes. Un : le remaniement ; François Hollande l’écarte mainenant ; deux : le changement de politique ; pas question non plus. Reste la troisième voie : accélérer, réformer, la fiscalité notamment, tout en promettant une grande réflexion sur l’avenir du modèle social français. Le but politique est clair : passer à autre chose que le ras le bol fiscal et aller dans le sens d’une partie du parti socialiste qui réclame à corps et à cris cette réforme fiscale.

Cette troisième voie est un chemin de roses ou d’épines ? Cette troisième voie, c’est pour essayer de sortir de l’impasse actuelle. C’est bien sûr très « gonflé » de rouvrir un débat fiscal si éruptif, sensible, brulant. Jean-Marc Ayrault dit : cette réforme se fera à prélèvements obligatoires constants, c’est-à-dire sans hausse globale des impôts. Mais il y a forcément des gagnants et des perdants et les perdants auront raison de dire qu’on leur a menti avec la pause fiscale. En plus, personne ne met la même chose derrière la remise à plat. Retenue à la source, progressivité, baisse ou hausses des impôts pour les entreprises, c’est l’auberge espagnole. Cela étant, si cela permet de modifier par exemple le financement de la protection sociale pour qu’il repose moins sur le travail, tant mieux.

Au total ? Au total, le choix est celui du mouvement, parce qu’il n’y a rien de pire que l’immobilisme. Voilà Jean-Marc Ayrault en capitaine courage – même si c’est plutôt de l’Elysée qu’on attend des initiatives ! A partir de là, trois hypothèses. Un : c’est suicidaire. Deux : après le pacte de compétitivité, c’est un nouveau et vrai tournant réformateur. Trois : il s’agit seulement d’occuper le terrain et il ne se passera pas grand-chose. Eh bien, on verra.

Pour aller + loin

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