La voiture électrique semble être au cœur de la transition écologique. Mais l’est-elle vraiment ?

François de Rugy testant une Zoé (Renault) en octobre 2018
François de Rugy testant une Zoé (Renault) en octobre 2018 © AFP / ERIC PIERMONT / AFP

Il est compliqué d’avoir une opinion sur la place de la voiture électrique parce que l’on entend des choses contradictoires. 

- Il est vrai que les voitures 100% électriques disponibles aujourd’hui sur le marché sont chères, avec une entrée de gamme par exemple pour la Zoé de Renault autour de 17.000 euros primes incluses. Si des hybrides peuvent être moins chères, c'est de peu. 

- Il est vrai aussi que sur une vie entière, comme l’on dit, de la fabrication à la casse, une voiture électrique pollue aujourd’hui autant voire plus qu’une thermique (la fabrication et le recyclage de la batterie – tout cela est connu). 

- Mais en même temps, l’agence spécialisée Bloomberg prévoit qu’en 2030 -c’est demain-, presque une voiture sur trois vendue dans le monde sera électrique. 

Comment concilier ces points de vue ? 

C’est possible si on considère que nous sommes certainement à la fin de l’histoire des véhicules thermiques, mais que nous sommes seulement au début de celle de la motorisation électrique. Cela veut dire que nous allons faire des progrès immenses parce que cela s’est passé ainsi pour toutes les révolutions industrielles -pensez au prix et aux capacités des téléphones portables il y a dix ans. 

Les électriques seront moins polluantes, moins chères et un modèle économique sera trouvé.

Des dizaines de milliards d’euros d’investissements et en recherche ont été dépensés sur l’électrique depuis dix ans (Renault-Nissan est parti très tôt), et cela s’accélère. Vendredi, le groupe Volkswagen a annoncé une enveloppe de 44 milliards d’euros d’ici cinq ans, principalement pour adapter ses usines.

Mais ces industriels n'auraient-ils pas pu, pas dû, partir plus tôt dans ce sens ?

Cette remarque a sa logique mais attention au y’a qu’à faut qu’on. 

Les constructeurs ont indéniablement trouvé intérêt à poursuivre dans la voie balisée des modèles essence et du pétrole. 

Mais la pression pour changer n’est arrivée que récemment, et beaucoup de difficultés techniques restent entières, malgré les recherches, malgré la conviction que l’on va faire des progrès parce que nous sommes au début de l’histoire : 

- les ressources en cobalt et en lithium pour les batteries ne sont pas inépuisables ; 

- la production électrique nécessaire pour faire rouler les voitures est importante et d'où viendra cette électricité ?

- le modèle économique du véhicule électrique est encore très instable ; 

Bref, personne ne l’avoue mais le moteur thermique de dernière génération sera peut-être un peu de temps encore plus propre que l’électrique. 

Du coup, tout le monde fantasme depuis longtemps sur le moteur à hydrogène mais là encore les ingénieurs et chimistes ont encore du boulot. 

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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