Le gouvernement va publier aujourd’hui le bilan annuel des entreprises du secteur public et du rôle de l’Etat en tant qu’actionnaire.Oui, et ce qui est intéressant, c’est qu’il bat en brèche quelques idées reçues et fait toucher du doigt l’évolution du rôle de l’Etat dans l’économie ces derniers mois. La première idée à oublier, c’est que le secteur public serait, à coup de privatisations, de cessions d’actifs comme on dit, de plus en plus rétréci, rapetissé, riquiqui. Eh bien, au total, si on regarde le nombre de salariés qui travaillent dans un service public ou une entreprise où l’Etat détient une participation - cela n’a rien à voir avec la fonction publique -, ce nombre a augmenté de 200.000, de 1,5 à 1,7 million depuis quatre ans. C’est un mystère qui a une explication. Dans la quarantaine de sociétés concernées, on trouve la SNCF, la RATP ou La Poste. Mais aussi toutes celles dans lesquelles l’Etat détient du capital, Air France, France Télécom, EDF ou le groupe GDF Suez. Et justement, par la fusion il y a quelques mois entre GDF, public, et Suez, privée, le secteur public a grossi. Sur le papier donc, la part de l’économie sur laquelle le gouvernement a un droit de regard a grossi. Et dans la réalité ?C’est différent parce qu’on s’aperçoit qu’avec ce secteur public, l’Etat a un comportement banal d’actionnaire. C’est la deuxième idée reçue battue en brèche. Il cherche à maximiser son investissement, notamment en encaissant des dividendes. Quand il y en a, le taux de distribution de dividendes par rapport aux bénéfices est de 60%, comme dans les entreprises privées du CAC 40. Mieux encore, l’influence de l’Etat sur la stratégie, quand on regarde les grandes entreprises où il a un strapontin ou un siège, ne saute pas aux yeux. Il a découvert comme tout le monde les mauvaises relations sociales à France Télécom et n’a pas grand chose à apporter sur la stratégie mondiale de Renault, EADS ou Air France. Quant à elles, La Poste et la SNCF ont beau être 100% publiques, elles font face à une concurrence accrue, et il n’est pas sûr que les ministres –sauf leur respect - aient des idées plus géniales que les patrons de ces entreprises sur la route à suivre. Alors, quel est le rôle de l’Etat ?C’est le point clé. Avec la crise, la place de l’Etat dans l’économie s’est élargie, il a aidé les banques, l’automobile. C’est un tournant durable. Mais le fer de lance de ces interventions désormais, ce ne sont pas le secteur et les entreprises publics. Il a inventé un nouvel instrument, le Fonds d’intervention stratégique, le FSI, doté de 20 milliards d’euros, qui prend des participations dans des entreprises privées, Valeo, Nexans, Gemalto. C’est le retour de la politique industrielle. L’enjeu est de préparer l’avenir, le risque serait de venir au secours de canards boiteux qui, hélas, ont leur avenir derrière eux. Pour l’instant, le péril a été évité. Comment définir ce rôle de l’Etat ? L’Etat propriétaire, s’est longtemps cru visionnaire, on sest aperçu surtout qu’il n’a pas les moyens financiers du développement des entreprises publiques, quand il est majoritaire. Quand il est devenu minoritaire, il est devenu inutile. Aujourd’hui, il essaie d’être chirurgien, pour remettre sur pieds et consolider. On verra si cette troisième voie est enfin la bonne.

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.