La mise sous surveillance de la dette de la France par Moody’s annoncée lundi soir a beaucoup de conséquences. Lesquelles ?

Quand un feu passe à l’orange, vous avez trois options : se préparer mentalement à contester à avoir grillé le feu si vous êtes arrêté, garder votre allure en risquant l’accident ou freiner. Avec la décision de Moody’s - qui n’est pas la perte du triple A, mais pour l’instant une mise en examen (si on peut dire), - c’est la même chose. Il y a ceux qui contestent la règle et sont scandalisés qu’un rapport de 18 pages ait autant d’importance. Et c’est vrai qu’il a été écrit par dix analystes à Francfort, Londres et New York, dont aucun n’est Français. Mais une fois que l’on s’est indigné, on doit se souvenir que c’est la France qui demande aux investisseurs de lui prêter près de 200 milliards d’euros par an. La deuxième solution est de ne rien changer sur les finances publiques alors que la croissance ralentit. Mais la perte du triple A devient probable. La troisième solution est de se dire que ce signal doit être pris très au sérieux, qu’il marque la fin de l’impunité budgétaire et que 2012 va en être changé.

Que va choisir Nicolas Sarkozy ?

Tout cela est pour lui une mauvaise nouvelle parce qu’il n’a pas le choix, il devra freiner, prendre des nouvelles mesures de rigueur si nécessaire. En réalité, cette annonce de Moody’s pendait au nez de la France qui a un des déficits publics les plus élevés, un quasi record de dépenses publiques et de pression fiscale. Concrètement hier, l’écart entre les taux d’intérêt français et allemand s’est creusé – donc emprunter coûte plus cher, autour de 3%. Pour la France, perdre le triple A serait grave : cela romprait l’équilibre entre Paris et Berlin, qui classerait vite Paris dans les pays pas sérieux du Club Med, avec l’Italie, l’Espagne etc. Mais le problème est que cette décision de Moody’s rend plus difficile une augmentation des moyens mis à disposition du Fonds monétaire européen (le FESF).

Et pour la gauche, quelles conséquences ?

Alain Minc, qui voulait peut-être faire sourire, assure que, annoncée après la primaire PS, la décision de Moody’s reflète d’abord l’inquiétude de l’agence vis-à-vis de son programme ! En fait, tout cela sert les socialistes, qui peuvent dire qu’ils n’ont pas de leçons à recevoir du pouvoir. Un calcul cynique peut même les pousser à espérer une dégradation de la note avant mai 2012, pour être plus tranquille ensuite. Mais en fait, la pression s’exerce sur la gauche comme la droite, incapables de passer au vert, de redresser durablement les comptes et incapables de trouver un consensus sur des mesures de redressement pour éviter que les agences de notation ne s’installent à l’Elysée.

Quelle est la priorité ?

Cela doit être de tout faire pour conserver ce triple A que la France détient depuis 1979. Il y a un an, François Fillon assurait que tous les jours, la première chose qu’il fait, c’est regarder le “spread” (l’écart) entre la France et l’Allemagne. La France va rester en vigilance orange.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.