Le gouvernement renforce l’incitation au télétravail dans les entreprises et les administrations : les entreprises doivent s'y adapter. De son côté, l'Etat aurait tout intérêt à faire évoluer sa doctrine qui réserve aux professionnels de la santé le monopole des tests de détection du Covid.

Le nouveau protocole sanitaire publié vendredi par Elisabeth Borne, la ministre du Travail, impose aux entreprises qui se situent dans les zones de couvre-feu de fixer dès cette semaine un nombre minimal de jours de télétravail par semaine. Ailleurs, c’est juste une incitation. 

Attention : cela ne concerne pas tous les salariés, seulement ceux dont les postes le permettent. Un vendeur ou une vendeuse, le personnel soignant, les garagistes ne vont pas télétravailler. Un nombre minimal, qu’est-ce que cela veut dire ? Aucun chiffre n’est fixé, mais cela veut dire par définition plus de un par semaine, Emmanuel Macron a parlé de deux à trois, Jean Castex a parlé aussi de deux à trois pour les fonctionnaires. 

Du coup, ces jours-ci, cela va discuter et négocier dans beaucoup d’entreprises et d’administrations. Les unes et les autres doivent s'adapter et ne pas traîner les pieds - si elles en étaient tentées.

Une fois cela dit, où en est le télétravail en France ? Vendredi, on a cité ici à ce micro une proportion de 15% de salariés qui télétravailleraient, chiffre émanant de professionnels des RH. En réalité, c’est davantage et il faut corriger ce matin. Un sondage Harris Interactive effectué par le ministère du travail qui va être publié très vite montre que près de 40% des salariés français télétravaillent une partie de la semaine, plus encore en région parisienne (un sur deux) et ils sont même 60% parmi ceux qui ont un métier compatible avec le télétravail. Généralement, ce sont deux ou trois jours. 

Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’il y a encore des PME où la réflexion n’est pas engagée, elles doivent s'y mettre mais globalement les entreprises ont pris le pli. C’est important : l’enjeu n’est pas seulement d’éviter les contaminations en entreprise, il est de diminuer la fréquentation des transports publics dans les villes. 

Un autre sujet, pensez-vous, va vite se poser, qui demande cette fois un effort à l'Etat : il s'agit de l’utilisation des tests Covid dans les entreprises et pour l’accès aux événements culturels ou sportifs. Depuis le printemps, l’Etat interdit aux entreprises privées de réaliser des tests, même si c'est une base volontaire, et même s’il y a un professionnel de santé (infirmier, infirmière) pour le prélèvement.

La raison de ce refus ? La préservation du secret médical. Avec l’arrivée de tests plus simples à utiliser, plus rapides, un quart d'heure, la question va se reposer dans les entreprises, au début des concerts et des matchs. 

Oui, il va falloir faire évoluer la doctrine.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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